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Bienvenue sur mon blog !!! Son but : Marchons ensemble ! et avançons sans ampoules vers la Terre Promise

Association

L'association PAIX - EIRHNH - SALAM - SHALOM ("Paix" en Français, grec, arabe et hébreu translittérés) :

En quoi consiste-t-elle ?
Créée le 21 Avril 2011, cette association a pour but de promouvoir des actions concrètes de rapprochement entre les peuples, dans le cadre de la paix dans le monde et du dialogue inter-religieux.
Pour 2011, l'action principale consiste en "première mi-temps" à rallier à pied Bois-Guillaume à Jérusalem ... puis en "seconde mi-temps" à déposer dans une fente du mur des Lamentations tous vos messages de paix ... puis en "troisième mi-temps" de partager ensemble tous ces moments de rencontres sur la route !


Comment y adhérer ?
Si vous le souhaitez, vous pouvez apporter votre contribution [sans déduction d'impôt possible], à titre d'entreprise-sponsor ou de particulier-bienfaiteur, en envoyant un chèque libellé à l'ordre de l'Association PAIX-EIRHNH-SALAM-SHALOM et du montant que vous souhaitez à l'adresse suivante: chez Monsieur Benoît MOULIN, 344 Chemin de Clères, 76230 BOIS-GUILLAUME.
Cette contribution servira pour aider les personnes qui voudront bien accueillir sur le chemin ...


Le Blog et l'Anti-Blog :
Chaque jour (ou presque !!!) sur ces pages, vous retrouverez :
- Le blog du pèlerin,
- L'anti-blog du co-pilote, Amédée BOURAIN ainsi que la pensée de celles et ceux qui m'ont accueilli pour un soir !!!

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Le Logo de PAIX - EIRHNH - SALAM - SHALOM

Le Logo de PAIX - EIRHNH - SALAM - SHALOM
afin d'illustrer l'évènement de notre Ben - Vos commentaires dans le message du 10 Novembre - Message à Tahar !

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Les Colombes de la Paix !!!

lundi 10 octobre 2011

Jour J + 156 : Journée à Damascus (Total = 5551 kms dont 5122 kms à pied)

Pensée Spirituelle
"L’homme n’a pas moins besoin de liberté que l’âme d’un corps."
(A. L . AL-SAYYED)

Péricope Biblique
"Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il de Christ."
(1Co 12, 12)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux - sauf ceux qui ont quelques infirmité - et ceux qui luttent corps et biens dans le sentier de Dieu. Dieu donne à ceux qui luttent corps et biens un grade d'excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun Dieu a promis la meilleure récompense. Et Dieu a mis les combattants au-dessus des non-combattants en leur accordant une rétribution immense : des grades de supériorité de Sa part ainsi qu'un pardon et une miséricorde. Dieu est Pardonneur et miséricordieux."
(Sourate 4 [Les femmes], Versets 95 – 96)


Le corps est précieux, sachons le respecter, le maintenir, l’entretenir et le développer ! Et c’est bien cela l’intérêt de la marche, quel que soit le motif qui la déclenche, quelles que soient la longueur et la durée, non ? De plus, le corps ça peut servir à tisser des liens de paix et d’amitié entre les uns et les autres, alors que demander de plus, dans le cadre de ma « mission » de pérégrination ? … Mais, fait-on toujours ce qu’il faut pour que notre corps bénéficie de tous les respects possibles ? Si vous le permettez, votre humble serviteur souhaiterait illustrer ses propos par deux exemples – presque – au hasard aujourd’hui, l’un pas trop positif, l’autre complètement génial. Tout d’abord, avec Wissam et Bassam, quand on a été visiter la grande mosquée de Damas – superbe, mais vraiment grand mastodonte … –, on en a profité pour visiter la vieille ville de Damas (paraît-il une des plus vieilles du monde !), et puis le quartier chrétien, et puis les souks ! et là, vous me direz, on a fait plein de marche, on a fait travailler notre corps, on est des athlètes … Eh ben non, patatras, point du tout, votre honneur ! car Wissam et Bassam, ils ont voulu me faire plaisir (et ils m’ont fait vachement plaisir) en me faisant découvrir les boissons locales. Car là, on enchaîne en moins de deux temps trois mouvements : un sorbet granité au citron, une boisson au cumin, une ENÔRME glace à la vanille saupoudrée de pistaches (mum !!!), une boisson à la mélasse, un verre de liquide maïzena chaud, et un chaï pour laisser couler. Tout est tout simplement succulent, délicieux, à tel point qu’on y reviendrait bien ! mais franchement, vous trouvez que c’est raisonnable pour notre corps, vous ? Abus de sucres et de produits gras, c’est pas bien, cela pour notre corps !

Mais heureusement, seconde anecdote, s’il en est : Ce soir, je vais découvrir un nouveau sport, et même le pratiquer ! ça s’appelle la Capoeira, vous connaissez ? moi pas du tout, avant que nos Damassiens préférés ne m’en parlent ! Oh, ça, ils sont sacrément tous mordus, ils le pratiquent, et ils essayent de le développer … Quel intérêt, me direz-vous ? eh bien, c’est un sport sain, sain pour le corps, sain pour le développement personnel, sain pour les liens avec les autres. Je m’explique, et vous allez devenir incollables et vous inscrire dès aujourd’hui auprès de l’académie de Capoeira juste en bas de chez vous, car vous aurez envie d’essayer … Et puis vous verrez que le sport peut rimer avec la non-violence et avec la relation pacifique à l’autre. Ainsi, la Capoeira est un art martial afro-brésilien qui puise ses racines dans les méthodes de combat et les danses des peuples africains du temps de l'esclavage en Angola et au Brésil. Elle se distingue des autres arts martiaux par son côté ludique et souvent acrobatique (les pieds sont très largement mis à contribution durant le combat bien que d'autres parties du corps– telles que, principalement, les mains, la tête, les genoux et les coudes – peuvent être employées). De formes diverses, la Capoeira est jouée et/ou luttée à différents niveaux du sol et à différentes vitesses, accompagnée le plus souvent par des instruments, des chants et des frappements de mains. La Capoeira exprimerait donc une forme de rébellion contre la société esclavagiste, les premiers capoeiristes s'entrainaient à lutter en cachant leur art martial sous l'apparence d'un jeu. Ainsi quand les maîtres approchaient, le caractère martial était déguisé par la musique et les chants, le combat se transformant promptement en une sorte de danse en forme de jeu agile qui trompait leur méfiance et les empêchaient de voir le caractère belliqueux de la Capoeira. Et c’est pourquoi dans la Capoeira, on retrouve la mise en scène de nombreux aspects : l’aspect martial avec ses combats, l’aspect artistique avec les « floreis » (acrobaties) et la musique avec les chants et les instruments typiques de la Capoeira – à savoir les instruments traditionnels de la musique brésilienne. Le jeu symbolise donc le combat, l'expression corporelle et la conversation non verbale entre les deux partenaires, avec la discipline et le respect mutuel qui sont des valeurs fondamentales de cette pratique.

Et là, vous devez vous demander si je n’ai pas fumé la moquette, ou bien si ce n’est pas l’effet du Narguilé … Eh bien non, pas tout à fait, car outre le fait que j’ai pu faire un peu de sport intensif en la première séance d’entraînement de cette nouvelle session sur Damas, l’expérience de la mise en place d’une nouvelle communauté de Capoeira ici-même m’a paru passionnante, dans un pays en pleins troubles de violence et d’affrontements dramatiques des diverses parties en jeu, rendues elles-aussi mais par elles-mêmes esclaves de leur incommunicabilité. Car si Hussam, avec Hassan, avec les autres, voudrait mettre en place en Syrie une communauté Capoeira comme il en existe un peu partout dans le monde, c’est notamment pour aider les jeunes à respecter et à se respecter, à se fréquenter sans troubles. D’ailleurs, la devise serait « one love and respect : un amour et du respect » : beau programme, non ? Car l’idée principale est de montrer à ces jeunes, souvent pauvres et souvent désœuvrés, qu’ils peuvent, au-delà du sport, vivre leur vie comme des joueurs de Capoeira, et ainsi se prémunir des aspects de violence et de crime … C’est donc un des moyens possibles pour changer la vie, changer la communauté, changer le pays. Beau programme pour la Syrie, ne trouvez-vous pas ? Et ce qui est sympa, c’est que même timidement, l’idée fasse ici son chemin (grâce notamment à de bonnes relations avec le ministère du sport, avec des écoles internationales de Damas, avec des ambassades étrangères et avec de nombreux sponsors. Allez, via le corps, gardons espoir d’un monde meilleur, bravo à vous amis sportifs, peut-être utopistes mais ô combien généreux et sympathiques !

Jour J + 156 : Amédée


Moi, il n’est pas question que je remue le petit doigt pour faire un quelconque sport. Je veux rester de marbre, droit comme une statue, rigide comme un pic, n’attendez pas de moi d’être champion olympique, je suis seulement l’as des as de l’amitié. Ainsi avec les jumeaux, on est câlins et compagnie. A chacun son sport. Ils sont des pros du Capoeira, moi je suis le pro des bisoux – c’est un sport comme un autre, non ? Et au moins, je ne me casse pas les os, moi (bon d’accord, ma carcasse est bien fendillée, mais c’est de la faute à qui, hein Ben ? ...). Bon j’ai quand même fait des efforts, je suis devenu un fervent supporter. Ouais les potes et les potesses, vous avez vu comme Hussin et moi on est en harmonie de couleurs ? Allez, Hassan et Hussin, vous en avez de la chance d’être des jumeaux, même si c’est pas des vrais, vous êtes sacrément fortiches en Capoeira, vous apportez vous-aussi votre pierre non pour frapper l’adversaire mais pour bâtir un édifice de paix en Syrie … et puis … vous êtes vachement sympas : merci Hassan et Hussin !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Hassan et Hussin  de  Damascus

Hassan et Hussin, c’est des grands copains d’Houssam et Wissam ! Normal, ils habitent à côté, et ils font du Capoeira, c’est même des champions, et même des formateurs, et même … mes entraineurs d’un soir ! Ils ont beau dire que je me débrouille bien (et c’est vrai !), ils n’arriveront pas à me faire champion du monde. Y’a un âge à tout, non ? Mais grâce à eux sur le tatamis, j’ai bien brûlé des calories, et puis chez Houssam et Wissam, on a bien rigolé ! Les amis, pourvu que votre projet de monter une entité de Capoeira sur Damascus et donc sur la Syrie, elle fasse elle-aussi son chemin (tiens, comme moi !) car vous êtes vraiment des entrepreneurs de paix et de rêve pour les jeunes, drôles d’oiseaux et d’animaux que vous êtes (en plus, vous vous rebaptisez ainsi !), saperlipopette ! :

"You are the best in Capoeira, I have seen you today in the training, and you will have nice future in Capoeira. All the best !" (Hussin dit Corvo – le Corbeau)(Tu es le meilleur en Capoeira ! Je l’ai vu aujourd’hui à l’entrainement, et tu auras un bel avenir en Capoeira. Tout le meilleur!)

"When I saw first you, i saw a smile in your face like a 15 year old happy boy ! Good Luck !" (Hassan dit Mosca – la Mouche)(Quand je t’ai vu la première fois, j’ai vu un sourire sur ton visage paraissant celui d’un jeune de 15 ans heureux ! bonne chance !)

dimanche 9 octobre 2011

Jour J + 155 : Mar Moussa => Damascus (35 kms à pied et crochet par trajet en Bus - Total = 5551 kms dont 5122 kms à pied)

Re-bonjour à vous tous !!!!

En ce dimanche 9 octobre, voici quelques nouvelles de notre Ben !!!!!
Vendredi, nous avons eu le plaisir d'avoir, via 'Skype' LE Ben !!
Il était à DAMAS. Il a pris le bus d'Alep à la Capitale.
Bien accueilli dans une famille, il va y rester quelques jours.
Bien entouré,
il fait ce qu'il faut pour ne pas prendre
LE MOINDRE RISQUE.
Il a prévu de faire juste un 'petit' crochet vers Le LIBAN
(un ou des points de chute sont déjà prévus)
avant de revenir à DAMAS et poursuivre sa route.
Dès que j'ai plus de News, je vous en fais part !
Laurent

P.S : Modif du 10/10 à 1h40. Je viens juste de recevoir un petit mail de sa part.

 TOUT VA TRES BIEN !
mais pas évident de vous contacter, internet interminable et surtout, mon portable bloqué en Syrie (liste noire communications), donc pas de sms ... mais je devrais être mardi au Liban, donc plus facile, et surtout, ne vous inquiétez pas, cela se passe vraiment très bien actuellement !
Je vais me coucher, il est tard (ndlr : +1 heure pour lui)
et demain, visite de Damas le vieux, plein de kms à pied
gros bisoux à tous,
portez-vous bien !
Ben

Pensée Spirituelle
"De la difficulté d’être. L’art ne vaut à mes yeux que s’il est la projection d’une morale. Le reste est décor."
(Jean COCTEAU)

Péricope Biblique
"Rendez à l'Eternel gloire pour son nom ! Apportez des offrandes et venez en sa présence, Prosternez-vous devant l'Eternel avec de saints décors !"
(1Ch 16, 29)
Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ne tends point tes yeux vers ce dont Nous avons donné jouissance temporaire à certains groupes d'entre eux, comme décor de la vie présente, afin de les éprouver par cela. Ce que Dieu fournit (au Paradis) est meilleur et plus durable."
(Sourate 131 [Ta-Ha], Verset 20)


Oui, la vie a un certain décor, parfois de bon goût, parfois plus discutable … Ce matin, réveil aux aurores … Eh oui, on n'est pas là pour longtemps, dans ce monastère si accueillant, alors, on va en profiter, de ces lieux enchanteurs … Et puis très vite, trop vite peut-être car cela nous arrache au paysage – mais c’est quand même un monastère ! – nous allons participer, à la messe matinale … Et comme on est Dimanche, ça va durer deux heures … durer le temps de découvrir un déroulement, catholique certes, mais bien imbibé de rites orthodoxes … Les chants sont merveilleux, l’assemblée est priante, nous sommes tous rassemblés, au même niveau, sur les banquettes et les tapis, on y est bien. Bien sûr des détails de rites comme les crécelles utilisées pour les nombreuses processions ou l’encensement à outrance surprennent, mais à nous de nous sentir à notre juste place … Notre place dans le décor de rêve de cette vieille église toute simple et couverte de fresques. On y est si bien que le petit-déjeuner va devoir être abrégé afin de respecter les horaires (n’importe quoi, des horaires, ici !) du taxi qui vient nous chercher … Car sur le chemin vers Damas, nous n’allons pas rencontrer saint Paul (quoi que) mais des monastères orthodoxes qui se trouvent dans des petites villes (Maloula et Saadnaya …) où l’on parle encore l’Araméen, vous savez, justement cette langue que parlait Jésus … Profitons-en car en ce décor se trouvent les derniers bastions, non de résistance mais de témoignage de deux mille ans d’histoire et de foi, et qui plus est de démonstration s’il en est nécessaire (et cela l’est) que l’on peut vivre … en commun et en bonne intelligence (ah si la Syrie toute entière suivait cet exemple …). Mais bon, soyons clair, les quatre monastères visités, deux dans chacune de ces deux villes, ne me laissent pas un souvenir impérissable, trop marbrés, trop dorés, trop cirés, trop fréquentés, trop réglés … Mais évidemment, le challenge leur était difficile à remporter, on avait visé très haut (dans tous les sens du terme) à Mar Moussa … Allez, quand même, je vais me défouler pour le fun dans le cadre –complètement personnel ! – du décor, pour remettre des prix du concours du mauvais goût et de la mauvaise mise en scène : une mention spéciale à la none surveillante de la grotte du premier visité, pour son amabilité qui nous fait penser qu’elle garderait bien une prison. Un accessit au vin dégusté, trop vert (mais fallait pas mourir idiot, et donc le gouter) au second. Un grand prix du kitch pour la décoration florale de l’église du troisième qui se prépare à célébrer un mariage. Et le « winner is » la cour d’arrivée du quatrième, hectare macadamisé devant une pièce montée architecturale –« le » monastère – comme personne n’aurait osé ! je ne cherche pas à critiquer, encore moins à « tomber dans le décor », mais finalement, ne croyez-vous pas que le plus souvent, pour la Foi comme pour la vie de tous les jours, c’est bien la simplicité qui marche le mieux, non ?

Et c’est bien ce qui peut nous plaire chez nos hôtes de Damascus que nous retrouvons à notre retour, cette « famille formidable », à laquelle s’associent de nombreux amis qui défilent les uns après les autres (et souvent ensemble), au point qu’on ne peut sentir l’isolement pas plus que la faim ou la soif, car à chaque fois, ici, on ne nous oublie pas dans notre digestion … Laquelle finalement se fait toute seule, sans indigestion tant c’est bon, sans excès, tant c’est parfait, sans mauvais goût tant cela … a du goût ! Et en plus, pour parler du décor de cette pièce nouvellement aménagée, c’est sobre mais … c’est beau !

Jour J + 155 : Amédée


Moi, ce que j’aime bien des monastères, c’est pas ce qui est clinquant, c’est que l’on y a toujours des réserves de nourriture et de boissons, n’ayons pas peur de le dire ! Bon, les chants, c’est beau, les textes en arabe, ça fait exotique mais on n’y comprend pas grand-chose, par contre la table, c’est toujours succulent : vous allez me trouver terre-à-terre, tant pis, les amis, ce qui compte, c’est comme disait ce matin Padre Paolo, le créateur et responsable du monastère de Mar Moussa, au petit-déjeuner avant de partir : « Prenez votre temps les amis, l’homme est fait pour manger et le manger est fait pour l’homme ! » Alors oui, on en a perdu, des kilos, depuis cinq mois, mais là, on est en train de les reprendre rapidement. Tant pis, ici, c’est si bon, en plus d’être si beau ! … Ben oui, vous l’avez compris, si à Mar Moussa j’ai apprécié la sobriété des lieux, j’aurais tendance, dans ma râlerie habituelle, à devenir devant tant de débauches d’ornements de certains monastères, l’ « Amédée-athée » … Par contre, à moi de planter le décor : devant tant de bonnes nourritures terrestres, je serai aussi « le Béage qui ne prend pas que du potage ». Et puis, moi, j’apprécierai d’être toujours avec les amis « un pilier des cuisiniers de l’amitié ». Alors merci à tous nos marmitons et nos marmitonnes, c’est grâce à vous … que nous tenons le coup ! et cela est particulièrement vrai chez les Baravi’s, merci à vous tous qui savez faire rimer « calories » avec « joyeuseries ! » Et parmi vous, toi le guide qui va prendre demain l’initiative de me faire savourer dans les souks le décor mais aussi six plats en quelques minutes, on te dit : merci Wissam !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Wissam  de  Damascus

Wissam, t’es le second de la fournée (pas de pain, non, mais des joyeux hôtes). T’es un peu comme ton frère Houssam, joyeux, heureux, serviable, prêt à me dérouler le tapis rouge, à me faire manger dix fois par jour et entre temps à me demander si j’ai encore faim, à me perfuser à coup de café turc à la cardamone pour changer un peu du chaï, à « m’intoxiquer » au Narguilé, à m’emmener me balader dans Damascus pour me faire découvrir les richesses artistiques mais aussi les boissons et les nourritures les plus inattendues, à te fatiguer plus que raison pour que je sois complètement heureux … Tu es passionné par tes études de droit, tu veux te lancer dans les affaires internationales, tu seras certainement le grand manitou des liens amicaux par-delà les frontières ! Comment pourrais-je t’offrir une petite compensation ? J’ai trouvé ! par exemple en te donnant des « cours de français », par exemple selon ma méthode « benoîtement Assimil-able », avec des phrases intéressantes telles que « le charcutier et la charcutière travaillent dans la charcuterie » (et là, vous pouvez faire des variantes avec les triplets « boulanger – boulangère – boulangerie » ou « boucher – bouchère – boucherie » ou même pourquoi pas « plombier – plombière (pas la glace, gros gourmand d’Amédée !) – plomberie …). Mais je vais te dire, Wissam, t’es trop bon avec moi, ne fatigue pas plus que cela et fonds-toi dans le décor, t’as ta place au paradis … des amis ! Et là, tu trouveras parfaitement ta place dans le décor … :

""Let’s sell our life to buy happiness, it is not good to sell and not to buy !” I wish you the best with your trip, and when we play Capoeira together, in can’t think I am playing with an old man, so never say “old man”, my friend : take care !" (Wissam)
("Laissons notre vie acheter du Bonheur, il n’est pas juste de seulement en vendre et de ne pas en acheter !" Je te souhaite tout le bonheur dans ton périple, et quand nous pratiquons ensemble le Capoeira, je ne peux vraiment pas dire que je le fais avec un vieil homme, alors ne dis plus que tu es un « vieil homme », mon ami : sois prudent !)

samedi 8 octobre 2011

Jour J + 154 : Damascus => Mar Moussa (35 kms à pied et crochet par trajet en Bus - Total = 5551 kms dont 5087 kms à pied)

Pensée Spirituelle
"Quelquefois, il me semble que le désert ne se trouve pas aux confins de notre pays, mais qu’il s’étend au seuil de notre âme."
(Nathan BISTRITSKY)

Péricope Biblique
"Tu l’as vu aussi au désert : YHWH, ton Dieu, te soutenait comme un homme soutient son fils, tout au long de la route que vous avez suivie jusqu’ici."
(Dt 1, 31)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Cela est un rappel. C'est aux pieux qu'appartient, en vérité, la meilleure retraite, même dans le désert, les Jardins d'Eden, aux portes ouvertes pour eux."
(Sourate 38 [Sad], Versets 49 – 50)
 

Aujourd’hui, une retraite dans le désert ! En cela, nous nous démarquons du monde, nous quittons la folie urbaine, le bruit et le danger … Quand je dis « nous », c’est Hussam et Wissam, les deux aînés des Baravi’s et moi ! car voilà t’il pas que sur de nombreux conseils, j’emmène mes deux amis musulmans visiter et vivre quelques instants dans un monastère chrétien ! Eh oui, c’est cela l’ouverture ! Et c’est bien là que juifs, chrétiens et musulmans peuvent s’ils le souhaitent se rejoindre, et c’est là que les Livres sacrés peuvent s’associer et ne plus se séparer, dialoguant ensemble dans la rencontre et – dorénavant – dans ce blog !
Alors voilà, nous quittons donc Damascus par un minibus commun, nous conservons ce dernier après avoir fait plusieurs étapes et déversé la population locale, et nous voilà au beau milieu du désert, sur une route sinueuse où les seuls habitants sont des … sacs plastique emportés par le vent. Arrivée au pied de la falaise, après presque trois heures de route, quelques marches parmi la roche, l’ascension d’une vallée aride, un peu le paysage du Sinaï ! Le tout dans le silence, un lieu propice, comme seuls les moines savent le faire, à la méditation, à une retraite dans le désert. Accueillis dès notre arrivée par Sébastien, nous retrouvons sur la terrasse du vieux monastère (occupant les lieux d’un ancien fort romain) quelques membres de cette nouvelle communauté mixte. Le verre d’eau (pas de chaï !), un paysage grandiose sur la plaine lunaire, un nouveau bâtiment sur la droite accueillant notamment des groupes de réflexion sur le … Dialogue interreligieux, un vrai village dont le charme est proportionnel à l’anarchie sur notre gauche … Et c’est là que nous allons trouver notre dortoir, pour la nuit qui n’est pas encore là, bien au contraire, car nous voilà partis pour une bonne ballade le long de l’oued, grimpant sur la caillasse, dévalant la roche, faisant une halte auprès de bergers de chèvres qui travaillent pour le monastère et qui nous offrent … du chaï. On repart sur la crête pour admirer le soleil qui descend lentement au loin sur les montagnes grisonnantes du Liban tout proche … petite halte – guitare grâce à Houssam, jeu de piste nocturne pour trouver notre chemin de retour parmi les ravins … Et nous voilà tout juste arrivés pour la petite heure de méditation silencieuse dans l’église du XIème siècle aux fresques colorées et à l’atmosphère ouatée, installés sur des tapis et des banquettes au ras du sol … Nous découvrons là l’ensemble de la communauté, des hommes et des femmes de tous pays, de toutes religions et de toutes motivations, très beau et même pas long, diront mes deux amis qui découvrent plein de choses et sont carrément hypnotisés … Tout est en arabe, c’est finalement peut-être moi qui suis le plus paumé, ce qui laisse signifier … que la recherche d’inculturation vers les habitants proches ou lointains des lieux est réussie ! Bien-sûr, des lectures bibliques, où chacun peut s’exprimer … mais est-ce intentionnellement voulu, est le hasard ou un signe, les trois lectures me touchent « de front » : un texte de Zacharie décrivant la Jérusalem idéale ouverte à tous, aux jeunes comme aux vieux ; un extrait d’une épître paulinienne, disant qu’il faut marcher et se lancer dans le cadre de la mission ; et une parabole de Luc sur les rapports entre le pouvoir et l’argent, ça ne peut être que fait pour, moi agissant dans la Banque … Ben non, finalement, chacun(e) y trouve ce qu’il ressent, chacun(e) est concerné(e) !!! Il est temps de ressortir pour un dîner à la fois frugal et convivial sur la terrasse, sous la pergola contenant la tente dite d’Abraham (le père de tous les croyants monothéistes). Quelle soirée, quelles discussions avec le père fondateur, Padre Paolo, mais aussi avec tous les membres, sans oublier les blagues, car le silence est facilement rompu, et ça résonne entre les falaises ! Voilà, une découverte, une découverte des lieux et des découvertes de gens de différentes motivations, encore une fois la merveille des rencontres s’associe à la splendeur des lieux, c’est bien cela la réussite de ce périple, condensée dans une simple retraite … dans le désert !

Jour J + 154 : Amédée


A Mar Moussa, tout y est beau : la nature, le ciel, la roche ! D’accord, le plan d’urbanisme est peut-être un peu flou, un vrai labyrinthe de montées et de descentes, mais on s’y sent si bien … Alors j’ai trouvé une niche dans le rocher, avec un marteau et un burin, moi, Amédée, j’ai su tailler un peu comme une iconostase (vous savez, ces portiques à trois portes dans les églises orthodoxes et par extension dans des églises catholiques, comme celle de Mar Moussa], et je suis pas peu fier de mon œuvre. Vous en pensez quoi, vous ? moi en tout cas, après la cacophonie de Damascus, j’apprécie bien ce silence ici, peut-être que comme Sébastien, j’y resterai bien à fonder une communauté de gnomes ? Et comme ils accueillent tout le monde ici, si vous avez des cousins (ou surtout des cousines) à moi, dites-leur de m’écrire, je leur enverrai une invitation ! Car ici, on ne vous pose pas de questions quand vous arrivez, vous êtes tous les bienvenus, êtres de la Création : et ça c’est grâce à qui, à Padre Paolo, le fondateur et à tous les membres, et aussi à toi qui montre l’exemple de l’ouverture et du dialogue, toi à qui nous disons merci, Sébastien !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Sébastien  de  Mar Moussa

Sébastien, c’est celui qui s’est si bien occupé de nous, à notre arrivée à Mar Moussa … C’est celui qui a veillé à ce que tout aille bien durant notre séjour … C’est celui qui, au milieu de tous les autres membres dont Paolo, le dynamique fondateur, nous a chaleureusement raccompagnés lors de notre départ. Et Sébastien, j’aurais pu le connaître bien avant, car il est de France et même de Nancy (comme une bonne partie de ma famille !). Auparavant, il a agi en tant que diplomate pour le Ministère des Affaires Etrangères, un peu partout au Moyen-Orient puis à la maison-mère parisienne, et puis … il en a eu marre de l’ambiance et de la politique pratiquée en elle-même … Alors comme il pratique couramment l’arabe, et qu’il avait entendu parler de Mar Moussa, il y est venu … il y a six mois, et pour l’instant il n’a aucune envie de quitter les lieux, sauf quelques retours en France pour les amis et la famille … qui n’est pas nécessairement pratiquante ni même croyante et qui a peut-être quelque mal d’assumer sa décision … Mais cela, c’est le choix de Sébastien, celui de rallier cette communauté monastique et d’agir pour la Paix et le Dialogue inter-religieux. Quel meilleur témoin pouvais-je trouver pour mon trip ! Sébastien, tu as ta cotisation gratuite à l’association Paix-Eirhnh-Salam-Shalom ! … :

"Pour Benoît de Sébastien à Mar Moussa ! le pèlerin, marcheur vers son Dieu, suivant le souffle de l’Esprit, porte en lui le désir de la Jérusalem du cœur !" (Sébastien)

vendredi 7 octobre 2011

Jour J + 153 : Journée à Damascus (Total = 5542 kms dont 5052 kms à pied)

Pensée Spirituelle
"Les chrétiens honorent le Dimanche, les juifs le samedi, les musulmans le Vendredi. Si les bouddhistes s’y mettent, il ne va pas rester grand-chose !"
(Patrick DEVEDJIAN)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux . Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la Salat du jour du Vendredi, accourez à l'invocation de Dieu et laissez tout négoce . Cela est bien meilleur pour vous, si vous saviez ! Puis quand la Salat est achevée, dispersez-vous sur la terre, et recherchez [quelque effet] de la grâce de Dieu, et invoquez beaucoup Dieu afin que vous réussissiez."
(Sourate 62 [Le Vendredi], Versets 9 – 10)


Vendredi ! vous avez fait quoi, ce jour-là ? La fin de la semaine de travail avec en perspective … le repos de fin de semaine ? les courses de la semaine à l’hypermarché du coin ? et pour le repas suite à ces courses, vous avez respecté la tradition chrétienne du Vendredi quand il fallait faire maigre, donc vous avez mangé du poisson ? Ben c’est bien les copines et les copains, vous n’avez pas manqué d’occupations ! parce que nous, ici, en comparaison, ça a été plus calme : c’est Vendredi , le repos légal de fin de semaine – J’ai décidé de ne plus utiliser le vilain mot de « week-end », vous avez une solution de remplacement pour ce mot, vous ? – Déjà en temps courant c’est plus calme, les hommes vont à la Mosquée pour la grande prière, celle du … Vendredi, mais là, avec les évènements d’agitation depuis six mois, eh bien, tout le monde nous dit de ne pas sortir dans les rues avant 17 heures … Et c’est au moins aussi valable pour moi ! Pourquoi, parce qu’à la suite de cette grande prière dans certains points chauds du pays (dont la région d’Oms et d’Hama, passée en bus hier, et à Damas), des manifestations conséquentes se créent, protestation contre le pouvoir en place … Lequel réagit brutalement … dont l’effusion de sang ! et le tout est incontrôlé et peut-être incontrôlable à ce niveau, il faudrait des solutions, que je n’évoquerai pas ici (le but de mon blog étant justement de vous faire partager la Paix et non la violence et, liée à elle, la psychose. Mais quel gâchis, quelle lamentable méthode de discussion, dans un pays réputé depuis toujours pour sa Paix, son sourire et son accueil. Quand cela va-t-il s’arrêter ? et comment ? nul ne le sait, faut-il en arriver à de grands moyens ? Comment mettre tout le monde d’accord, en commençant par respecter la population qui ne peut survivre dans ce climat de répression menant inévitablement à une guerre civile. Bref – et vous avez été nombreux à me transmettre des messages d’espoir à ce sujet – la Syrie n’est pas dans l’état qu’elle souhaite, et surtout qu’elle mérite … Alors voilà … que faisons-nous, chez Hussam et sa famille, dans ces conditions, en ce Vendredi ? Eh bien, jusqu’à 17 heures, nous ne sortons pas de la maison ! Eux comme moi, surtout moi, mais eux aussi, comme toute la population, on ne montre pas le bout de son nez dehors … Et cela fait six mois que cela dure pour eux : Damas et ce coin de la Syrie tout au moins, sont villes mortes, tous les Vendredi : peur de la violence, peur des balles perdues ou … pas perdues ! Ca tombe bien, me direz-vous, nous faisons connaissance, avec Randa, la maman, libanaise, et les quatre « ...Am » de la bande, les quatre enfants, pas du tout quatre Dalton, mais quatre jeunes très unis : Houssam, mon couchsurfer, 22 ans, ses frères Wissam, 20 ans et Bassam, 20 ans, et la fille de la famille, Salam – Ben oui, elle porte le nom de la Paix ! –, 15 ans … La maison n’est pas bien grande, dans une petite ruelle en montée sur une colline au-dessus de Damascus, mais elle a son charme, et les aînés viennent « d’emménager » (car ici, tant que l’on n’est pas marié, on ne quitte pas sa famille, cela ne se fait pas …) dans un petit studio en haut de l’escalier extérieur et construit sur l’emplacement de la terrasse du toit … Les couleurs sont pimpantes, apparemment elles ne plaisent pas à tout le monde, mais c’est clair, voire moderne ! et je serai installé comme un prince, partageant la chambre avec successivement Wissam ou Houssam … On se prélasse, on discute, on mange un petit-déjeuner cent fois trop pantagruélique, on boit du chaï (même nom ici, pour info, Annabelle !) et du café arabe parfumé à la cardamone. Bref, ici, la paix règne, on est loin de l’agitation extérieure (car malheureusement, cela va canarder, une fois de plus, aujourd’hui …). Voilà donc pour nous une journée calme, sereine et conviviale … Sympa, mais pourquoi donc la Syrie d’aujourd’hui ne présente-t-elle pas elle-aussi ces critères ? pitoyable et tout simplement inhumain … Faut-il vous dire que malgré toute cette paix intérieure, les jambes de votre serviteur commencent à fourmiller, pas habitué à rester en place … Alors les garçons, on sort à la tombée de la nuit, en faisant attention aux barrages et en prenant des taxis, pour aller prendre un pot dans le vieux Damas, qui, lui, est paraît-il plus sûr en cette fin d’après-midi, alors qu’il est toléré de se rassembler en ce coin … La boisson : eh bien une des boisson habituelles locales, une infusion chaude à base de cumin, de citron et de … sel ! Tout simplement trop salé et donc imbuvable à mon goût, mais je suis ici pour tester et vivre la vie locale … Car l’important n’est-il pas de se rendre compte que sur la terrasse de ce petit café, en plein cœur de la vieille ville de Damas, la vie y est sereine, ou que tout au moins elle le semble … et qu’il faut bien en profiter , de cette gentillesse malgré toutes les inquiétudes … Nous, avec Houssam et Wissam, on rigole bien, même si on fait attention à ne pas dire n’importe quoi. Et puis on est rejoint par Dia, le meilleur ami d’Houssam, qui parle bien le français, notamment grâce à un voyage d’études de plus d’un mois sponsorisé par le Lyons’Club et qu’il vient de finir. Alors vous vous douterez bien que cette fin de Vendredi sera chaleureuse, comme le devraient être … tous les Vendredis !!! Ah, quel pays, quand arrêtera-t’il de se faire remarquer, par ses « fantaisies dramatiques » !

Jour J + 153 : Amédée


Moi, des Vendredis paisibles comme cela, j’aimerais tant qu’ils se passent toujours ainsi ! Car finalement, je suis bien casanier dans mon genre, j’aime bien profiter de la douceur du foyer … Vous me direz, Ben, il n’avait pas de toute façon l’idée de me sortir aujourd’hui, un choc violent quel qu’il soit pourrait m’être fatal ! Eh puis, qu’est-ce qu’elle aurait pensée, l’autorité publique, si elle m’avait trouvé dans le sac de Ben : Que j’étais un élément extérieur susceptible de perturber l’ordre du pays ? Alors je compte les heures, j’attends que cela se passe, bref, je suis bien, je ne serai pas pris pour cible, quel que soit le projectile … Bon, je sais bien que ce n’est pas une solution de rester ainsi planqué, vous commencez peut-être à me connaître depuis ces … cinq mois passés en votre compagnie, fidèles lecteurs ! Non, je ne suis pas Pif Gadget, une quelconque vedette du show business international, je suis là pour apporter un peu de fantaisie, alors il va bien falloir que l’on sorte pour en apporter un peu, de fantaisie, dans ce monde parfois de brutes … Bon, demain sera un autre jour, pour moi comme pour Ben comme pour vous comme pour … tout le peuple syrien, et c’est tant mieux ! Ces six mois ne peuvent pas durer ! en attendant, on y est bien dans ce beau logis, à toi et à ta famille, aux Baravi’s, merci Houssam …

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Houssam  de  Damas

Houssam, c’est l’aîné de cette sacrée tribu Baravi’s … 22 ans et déjà drôlement mur, sacrément responsable, d’autant plus qu’il assure avec ses frères une grande responsabilité sur sa famille, puisque Muafak, le père travaille à mettre en place des usines de production de pain subventionné par le gouvernement. Cela à pas mal de distance de Damas, et il ne revient pas souvent (espérons que je le rencontrerai à mon retour de ma phase libanaise !) … Alors Houssam, il est ici-même étudiant, en troisième année de business, ça marche pas mal, mais il a des vues sur le Marketing, alors ses contacts se multiplient avec Rhode Island, US .. et surtout, ce qu’il aime et cherche à promouvoir, c’est la « Capoiera » … Ca vous inspire ou bien ça vous en bouche un coin, ce mot-là ? Eh bien patientez quelques jours, vous en saurez plus sur ce formidable espoir de promotion de la jeunesse vers un monde meilleur. Eh oui ! en tout cas, dans la maison Baravi’s, il règne une union remarquable, les jeunes ne découchent pas, ils assurent aussi par leur constante présence la protection de leur mère et de leur sœur. Ce qui pour moi me semble remarquable, mais pour eux, c’est … tellement naturel ! Prenons-en de la graine, nous individualistes et égoïstes, adeptes du pied levé et du zapping, européens de l’Ouest … Eh puis, Houssam, comme toute la maisonnée, il est très prévenant, à tel point que je serais rapidement considéré comme le prince. Car en vérité je suis plus que l’hôte, je suis l’ami, celui avec qui on peut échanger de tout, dans un sens comme dans l’autre, de ses inquiétudes et de ses soucis, mais aussi de ses espoirs et de ses joies, celle des Baravi’s, mais aussi celles … de la Syrie. Comme le disait, vous souvenez vous, un certain Atatürk, à « la paix dans vos maisons, la paix dans le monde ! », il ne me reste donc plus qu’à compléter le triptyque : « la paix en Syrie » … :

"Benoît, Benoît, thank you for the great moments and memories, that the thing I shall never forget. I wish you a big bless from God with your trip and to get the chance to meet awesome people. And yeah ! never say “old man” about yourself, because you are the youngest guy ever. Bonne voyage !" (Houssam)
(Benoît, Benoît, merci pour tous ces grands moments et souvenir, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Je souhaite que Dieu te protège énormément durant ton voyage et qu’il te donne la chance de rencontrer beaucoup de monde. Et puis ! ne dis jamais « vieux bonhomme » à ton sujet parce que tu seras toujours le jeune gars. Bon voyage !)

jeudi 6 octobre 2011

Jour J + 152 : Alepo => Damascus (345 kms en Bus - Total = 5542 kms dont 5052 kms à pied)

Pensée Spirituelle
"Dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau."
(James Russell LOWELL)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Et donnez la pleine mesure quand vous mesurez, et pesez avec une balance exacte. C'est mieux [pour vous] et le résultat en sera meilleur."
(Sourate 17 [Le voyage nocturne], Verset 35)


La balance, le poids juste … drôle de sujet, au beau milieu épicé du pays … des épices colorées en camaïeux et odorantes à l’excès, drôle de sujet donc, rencontré à plusieurs fois aujourd’hui, non ? D’abord, ce matin, avec Saïd, ça a été un peu la psychose. Saïd, avec un de ses copains francophones joints par téléphone, il m’a dit clairement qu’il était préférable que je quitte Alep rapidement … Pourquoi, me direz-vous, me donner l’impression de fuir d’ici comme un voleur ? Qu’ai-je donc fait de mal, à part peut-être le fait de chercher à rencontrer un peu – trop ? – de gens ici, de toutes confessions et de tous milieux, alors que chacun se cherche et chacun se méfie ??? Eh bien, en tout bien tout honneur, c’est qu’aujourd’hui c’est Jeudi, donc que demain c’est Vendredi et qu’après-demain c’est Samedi (jusqu’ici vous me suivez ?). Et ces deux jours-là, c’est la « fin de semaine » ici, avec la grande prière des musulmans dans toute mosquée le Vendredi midi, et puis juste après des risques – et même plus que cela – de violence et donc de sang versé … Vous me direz qu’hier, j’ai cherché à vous rassurer … Oui, à Alepo, rien à craindre … Mais je dois gagner ces jours-ci Damascus, et emprunter la route qui traverse justement les lieux de théâtre de toute la rébellion … alors, psychose, oui ce matin, mais c’est pour mon bien, ce n’est pas pour me passer un savon (d’Alep) ou même bien au contraire ! … Tant pis, je n’aurai pas le temps de profiter autant d’Alep que je le souhaitais, je ne pourrais revoir l’épouse et les filles de Saïd et je le regrette, il me faut prendre un bus cet après-midi … Mais finalement, tout bien pesé, dirai-je, qu’il est bon d’avoir des amis sûrs qui vous disent ce qui est le mieux pour vous … Bon, cela, c’est pour cet après-midi … mais il me reste un peu de sable, dans mon sablier pesant d’une certaine manière le temps, pour aller ce matin, avec Saïd et son pote Abu, visiter la vieille ville d’Alep, ses vieux quartiers de pierre, son animation unique … Vous dirai-je que l’UNESCO et son classement de patrimoine mondial est aussi passé par là ? Donc Abu, sacré personnage haut en couleurs nous ballade, c’est le cas de le dire, puis Saïd part au turbin (il faut bien mettre de l’argent dans la balance des comptes du ménage, non ?) et je continue à suivre Abu qui me mène au marché aux épices, où tout se pèse … Dans le quartier des églises de différents rites chrétiens (dix-huit rien qu’Alep : six catholiques, deux protestants et dix orthodoxes, de quoi y perdre mon latin, face à toutes ces langues !), où chacun tente de peser de son juste poids dans ce vaste échiquier interconfessionnel (et nous y visiterons la cathédrale et le musée orthodoxe arménien. Mais aussi nous y rencontrerons l’évêque catholique grec, charmant personnage, qui ne demande qu’à m’héberger), … dans le quartier des « restaurants » pour acheter un peu de foul (non, pas de fioul, je suis pédestre), vaste équilibre (impesable !) de propreté et d’amoncellements peu hygiéniques … Et nous voilà à peser le temps qui me reste avant mon départ pour aller manger dans l’appartement d’Abu, lequel logis oscille entre le dépouillement des habitations arabes et l’accumulation style caverne d’Ali Baba sur tous les murs … Question de dosage aussi pour le dit-foul … Question de juste milieu quand j’ai gagné la gare routière très « couleur locale », trouvé un bus, lequel roule sereinement sur les routes syriennes lequelles ne présentent pas ouvertement d’inquiétude aucune mais qui nécessitent la plus grande vigileance semble – t’il … Et puis là, on va complètement péter le compteur, dépasser le poids des paramètres de l’accueil du pèlerin, être en surpoids de gentillesse, de sourires, de rires, de jeunesse, d’entraide familiale et de présence amicale, chez Housam et les siens, dès lors qu’il m’accueille sur le quai de la gare routière de Damascus, pour me mener dans la voiture familiale serpentant parmi la folie du trafic automobile locale qui doit laisser osciller les perspectives vitales de tout conducteur et de tout passager entre une bonne santé et un accès rapide à la vie de l’au-delà … jusqu’à sa maison et son second étage « pour les jeunes ». Et là … cela sera une autre histoire, on aura bien le temps d’y revenir les jours prochains, mais là-encore, j’ai bien fait de chercher mes hôtes par Internet, outil à vraiment utiliser avec le bon dosage, mais bien utile pour bien réaliser la recette de cuisine de mon périple … Bref tout dans cette journée a été question de pesage, de dosage, depuis la saveur des épices du Souk jusqu’aux délicieux plats de ce soir préparés avec discrétion par la maman d’Housan, depuis le calme d’Alep jusqu’à la belle animation de la maison familiale perchée sur les hauteurs, depuis le risque a-priori de prendre la route jusqu’au bon choix de l’avoir fait au bon moment … Vous le saviez déjà, mais la vie au Moyen-Orient, c’est exactement comme son excellente cuisine : Tout y est affaire … de dosage, un bon mélange à la fois de saveurs épicées – parfois un peu trop pimentées ! – et suaves – parfois un peu trop sucrées ! – (et juste une petite précision : mon signe du Zodiaque n’est absolument pas … celui de la Balance !)

Jour J + 152 : Amédée


Moi, j’aime bien l’odeur des souks, les parfums des épices, les échoppes de tout et de rien, les propositions de babioles, les gens qui passent et qui vous regardent avec étonnement, les alepiens et les alepiennes qui vous sourient et qui vous parlent sans se rendre compte que vous avez été fainéants et que vous auriez quand-même pu apprendre quelques mots d’arabe de plus (hein Ben, même si tu en retrouves, quelques reliques de mots au fond de ta mémoire, c’est quand même bien loin, tes études d’arabe à Sfisef en Algérie, tu aurais pu passer le cap du troisième millénaire !). Heureusement, Abu, il est là pour tout nous expliquer, pour nous faire tout découvrir, mais aussi … pour aborder tous ceux qu’il trouve sur son chemin … Et là, faut peut-être mieux pas trop connaître l’arabe, car notre copain Abu, il dit beaucoup ce qu’il pense ! finalement, cela me fait penser à ces petits boulots qu’on voit partout ici, à ces gens qui restent accroupis toute la journée sur un trottoir avec devant eux un pèse-personne électronique (ah, Teraillon !), leur seule occupation étant de recueillir les quelques livres syriaques que leur donnera un client qui se mettra dessus pour connaître instantanément et avec précision son poids … Bref, cela me fait penser qu’ici, tout est affaire de dose, de donner le bon poids aux choses, à soi et à sa vie (voilà que je deviens Amédée-le-philosophe …), et ça me donne bien envie moi-aussi de monter sur une balance (mécanique, je suis de l’Ancien-Régime, moi), seulement pour vérifier que je n’ai pas trop abusé du foul d’Abu et que je n’ai pas besoin de me mettre au régime –le nouveau ! Parce qu’ici, tout est à la fois partage entre les deux plateaux de la balance : la juste dose et le – peut-être – excès. Pour cette leçon, merci Abu !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Abu  d'  Alepo

Abu, c’est l’ami de Saïd. On ne peut pas dire qu’ils se ressemblent sur tous les points, mais c’est peut-être cela qui les attire, tous les deux. Abu, à 67 ans, il est à la retraite de sa fonction au sein de l’Etat (armée ? finances ? c’est comme vous voulez !). Il habite un petit appartement haut perché dans une rue animée au cœur de l’Alepo chrétienne, son salon, il est décoré tel une caverne d’Ali Baba, sa femme je ne ferai que l’entre-apercevoir, il adore se balader à pied dans « sa » ville et le / la faire partager, et puis … Abu il est musulman, mais pas vraiment dans l’âme, et il ne le cache pas quand il échange avec toutes les personnes qu’il peut, connues ou non ! Bref, Abu, c’est un peu une grande gueule, quelqu’un qui dépasse le poids autorisé par la balance, mais quand il vous ballade dans Alep ancienne, il est puits de science … Et quand il vous invite chez lui à manger un foul, vous savez ce plat – soupe à base d’énormes haricots blancs et que vous trouvez par ici, plat de tous les jours mais aussi plat de fête, Abu il est plein de délicatesse ! Il voudrait bien que je reste plus longtemps, que je fasse la sieste sur son canapé, que je profite de son salon-oasis, mais voilà … une pérégrination, c’est un peu sans arrêts. Alors après avoir arpenté les souks et la Medina, après s’être restauré sous la – presque – tente – de bédouin, eh bien, il me faut le quitter ce bon Abu, à regret mais avec le souvenir de quelqu’un bien d’ici, avec toutes ses richesses et ses imprévus ! :

"My love Benoît, you must be the only one to do that: walk, see, meet, speak, write, hope : continue for you, continue for us, continue for the world - Peace !" (Abu)
(Mon cher Benoît, tu dois être le seul à faire cela: marcher, voir, rencontrer, échanger, écrire, espérer : continue pour toi, continue pour le monde : Paix !)

mercredi 5 octobre 2011

Jour J + 151 : Journée à Alepo (Total = 5197 kms dont 5052 kms à pied)

Pensée Spirituelle
"Non, les peuples ne doivent pas désarmer pour que se déclarent de nouvelles guerres, mais ils doivent poursuivre leurs efforts de désarmement dans des conditions de sécurité telles qu’il n’y ait pas de dupes ni de victimes."
(Aristide BRIAND)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Dieu a promis à ceux d'entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu'Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l'a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu'il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M'adorent et ne M'associent rien et celui qui mécroît par la suite, ce sont ceux-là les pervers. Accomplissez la Salat, acquittez la Zakat et obéissez au messager, afin que vous ayez la miséricorde. "
(Sourate 24 [An-Nur – La lumière], Versets 55 – 56)


La sécurité … Voilà un sujet qui nous tracasse tous pas mal ces derniers temps, notamment me concernant. Oui, ici, en Syrie, les gens se posent des questions sur leur devenir, sur leur avenir. Que va –t-il advenir dans les temps à venir ? Oui, ici, on est loin de la douceur des palmeraies d’antan et de la légendaire atmosphère moyen-orientale dont tout le monde peut rêver … Mais oui aussi, ce pays est attachant et recherche à prospérer dans la bonne direction, pour le bien-être de tous … Notamment des – quelques – touristes et pèlerins actuels qui s’y trouvent et qui s’y retrouvent … Mais c’est vrai aussi que ce n’est pas à Alepo que, parait-il, nous avons à craindre … Une belle ville pas si moyen-orientale que cela, une citadelle témoin d’un passé déjà de violence mais où maintenant règne la sérénité des vieilles pierres dominant de leur aura une ville tentaculaire et grouillante de vie. A Alep, il n’y a rien à craindre, me dit-on de manière unanime, et c’est tant mieux ! … D’ailleurs, l’idée de voyager ici plutôt en bus, elle est approuvée par tous, du moment que l’on est prudent, cela ne va pas poser de problèmes … Alors RASSUREZ-VOUS ! aujourd’hui en tous cas, ici dans cette belle ville où je prends le temps de sentir les odeurs, où d’innombrables sourires accompagnés de « You are welcomed ! » fusent de tous les coins de rues – et même d’entre les coins de rues - on se sent bien, on sait que ce n’est pas la panacée, on regarde à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche quand on veut traverser une rue, on fait attention aussi à ce qu’on dit et à ce qu’on fait, on met ses bas de pantalon et sa chemise blanche pour passer un peu inaperçu (mais cela, ce n’est pas gagné, je ne passe vraiment pas pour un syrien de base !), bref, on profite du pays et de ses habitants, de ses vieilles pierres et de son ambiance moderne (ou tout au moins modernisante), on ne marche pas – au sens propre comme au sens figuré – en dehors des limites du chemin qui nous est fixé, on fait tout pour que tout aille au mieux. Et c’est vrai que cela va au mieux, pour ne pas dire très bien.
Etes-vous un peu rassurés par toute cette tentative de sécurité ?
Ah, c’est vrai que le Moyen-Orient, c’est le charme et la douceur de l’Orient, avec des moyens pas toujours à notre dimension … mais on y est bien, tout en sachant que chaque jour, le but se rapproche et que l’on va revenir bientôt revoir la Normandie qui nous a donné le jour, puisse-t-elle être elle-aussi –et vous aussi – en sécurité !
Salam, mes amis, portez-vous bien !

Jour J + 151 : Amédée


Moi, Amédée 1er, je n’ai pas envie de servir de chair à canon, tout de même, nom d’un pétard ! Je suis un VIP, et je tiens à ce que ma sécurité, elle soit assurée … Ben il est bien gentil, mais franchement, est-ce qu’il a la carrure d’un garde du corps ? Eh puis, ma voiture blindée, où elle est, c’est qu’un sac à dos ? Eh puis, mon gilet pare-balles, c’est qu’une … vieille chaussette ? Allez, les amis, je plaisante, je ne tiens pas plus à faire la première page de Gala ou de Points de Vue que vous, pas plus que je ne tiens à faire l’objet d’un article dans les médias pour un petit projectile déviant un peu de sa trajectoire « normale », je suis un gnome comme les autres, tout comme Ben est un pérégrin comme les autres, un humain comme les autres ! et comme les autres, nous, on profite de la beauté des naïades locales, de la gentillesse et du sourire de tout le monde, en faisant quand même gaffe, faut vous le dire, à tout échauffement même localisé de la planète, on a bien profité aujourd’hui d’Alepo, on a bien arpenté les rues, sans se paumer, on a trouvé partout des traces de richesses touristiques et humaines, on est bien ici, sans arme en vue, même si on fait en même temps attention (et cela, ce n’est pas évident) à ne pas se faire écraser par les trop nombreuses caisses à savon – d’Alep ! – Et si on n’a pas envie de faire partie prenante de la grande lessive actuelle dans le pays (tout de même, on n’a pas envie de se faire passer un savon – d’Alep !) Et ce soir, avec Thaer, la discussion a été profonde sur les soucis et les risques actuels et latents du pays, on a obtenu des éléments supplémentaires pour que je puisse voyager en bonne sécurité, sans me retrouver une fois de plus allongé pour une opération de recollage par Ben. Mais rassurez-vous, Thaer et Ben, ils n’ont pas que psychoser, ils sont surtout échanger sur différents points de vue qui se sont retrouvés … en toute sécurité ! merci Thaer !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Thaer  d'  Alepo

Avec Thaer, notre rencontre sera celle d’un soir, celle d’un repas. Nous nous retrouvons au pied de la tour de l’horloge, en plein centre du quartier historique et animé d’Alepo … Prise de connaissance très rapide, le courant passe, sans soucis de court-circuit ou de manque d’ampérage ! Et notre repas, que m’offre mon hôte d’un soir, sera superbe, abondant, trop abondant peut-être, dans un petit restaurant juste au bord de sa piscine intérieure, en toute sécurité, en toute amitié ! Thaer, il a fini ses études actuelles en Syrie, il travaille pour une petite entreprise de prestations informatiques non loin de la frontière avec la Turquie, il a fait plus d’une heure en bus pour venir me voir, et il en fera autant au retour. Vu la distance, il ne peut loger (ni me loger) dans sa famille qui habite Alepo, la brièveté de notre entrevue en sera d’autant plus riche … Et Thaer, il a plein de projets, il veut aller étudier à Berlin, le temps d’enrichir son cursus d’ouverture sur un monde sans frontières et sécuritaire avec une solide formation et de voir du pays. Peut-être nous reverrons-nous en France ? et Thaer, c’est quelqu’un de solide, de croyant, d’espérant, de voulant changer le monde … C’est aussi un souhaitant-pérégrin, et c’est sans doute pour cela qu’intéressé par mon périple, il a aussi voulu me rencontrer, pour construire ensemble un monde ouvert, sans problèmes de sécurité. Ah, j’espère bien que tu vas le faire toi aussi, un jour, ce périple, mon cher Thaer ! Pourquoi pas tous les deux d’ailleurs, nous avons tellement de choses encore à échanger, on n’en est pas venus à bout, de tous nos sujets ! :

"I wish you to achieve your trip safety and I wish to do the same trip ! When you arrive Al-Qudus, remember me ! Gog bless you and be with you !" (Thaer)
(Je te souhaite d’achever ton voyage en sécurité et j’aimerais effectuer le même voyage ! Quand tu arriveras à Qudus, souviens-toi de moi ! Que Dieu te protège et soit avec toi !)

mardi 4 octobre 2011

Jour J + 150 : Antakya (Turquie) => Alepo (Syrie) => (145 kms en Bus - Total = 5197 kms dont 5052 kms à pied)

 Information spéciale :
Message posté le 4 Octobre
Bonjour à vous tous !!!!
En ce mardi 4, notre Ben vient de traverser la Frontière
 entre la Turquie et la Syrie.
Il se trouve dans la superbe ville d'Alep situé au Nord Ouest
Il vient de m'envoyer un petit mail pour me / nous / vous rassurer :
Tout va bien !
************************************
Hello,
 me voila en Syrie,
 passage de frontière sans aucun problème,
 Alep est une super ville et je suis héberge,
les gens sont très sympas et serviables,
Bien sûr je reste vigilant !!!!
Par contre, pour Internet,
ne vous attendez pas à des merveilles. Ben



Pensée Spirituelle
"Voyager nous permet de constater que si les peuples ont des frontières, la bêtise humaine n’en a pas."
(Jean AMADOU)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Et dès que la caravane franchit la frontière [de Canaan], leur père dit : «Je décèle, certes, l'odeur de Joseph, même si vous dites que je radote»."
(Sourate 12 [Yusef – Joseph – ], Verset 94)


Et c’est là que la caravane se met en route, celle des temps modernes, avec des drôles d’animaux sans bosses comme les chameaux d’autrefois, mais sur roues, avançant sur la piste qui n’est plus sableuse mais bien brillante sous le soleil de ce coin un peu perdu entre deux pays séparés par … une frontière : franchissable ? infranchissable ? laissons les heures divines se dérouler …
Il a bien fallu que cette caravane, elle se mette en branle, ce qui n’est pas le plus facile, même au XXIème siècle ! nous étions passés à l’Otogar – traduisez « gare routière » – , hier soir, Ozan et moi, pour demander l’horaire de départ du bus d’Antakya pour Alepo. Un vieux grincheux peu loquace et déjà endormi au guichet nous annonce : départ 08h30 … Alors juste avant d’aller travailler, Ozan me dépose ce matin avec sa belle voiture à l’Otogar … Tiens, je retrouve le même vieux grincheux peu loquace mais peut-être moins endormi qui m’annonce de lui-même qu’il s’excuse mais qu’il s’était trompé et que le départ est non pas à 08h30 mais à 11h00. Heureusement que c’est dans ce sens-là ! il suffit de poireauter, d’observer les départs et arrivées des autres caravanes qui elles, ne vont pas tenter de la franchir, cette fameuse frontière, mais d’arpenter le désert turc … Et ça y est, notre caravane est là, un bus assez moderne, pas mal de gens, des turcs et des syriens, mais aussi quelques étrangers, deux russes en costume traditionnel, un jeune malaysien grande gueule et une mère et ses deux jeunes venant du Monte-Negro et se rendant à Alepo pour rejoindre leur père et s’apprêter à poursuivre leurs études (pour les jeunes). Comment le sais-je ? me direz-vous. Facile, dans ce genre de frontière, il faut x fois montrer ses papiers, alors les passeports n’arrêtent pas de circuler ! Que vous dire sur ce trajet de 80 kms … c’est le complet désert par ici, notre bus-méharée fonctionnant au diesel s’arrête quelque fois dans des oasis, je retrouve le trajet déjà effectué hier dans ce sens en chameau-diesel et dans l’autre en pèlerin- babouches. Comme il ne faut pas trop me faire remarquer (passera ? passera pas ? le rideau de fer local ?), pas d’ordi ni bouquin. Bref, je somnole comme tout le monde … Tiens, je retrouve le camp de réfugiés, vaste camping 5* de tentes immaculées sous un soleil de plomb : pauvres gens … Peut-être philosophes, ils n’ont pas l’air malheureux, mais quand-même … Et voilà la frontière, côté sortie turque, il nous faut descendre du bus et gagner à pied le poste de police, simplement patienter à la queue leu-leu comme à l’école primaire pour obtenir le tampon de sortie du territoire. Me voilà apatride français en zone franche … cela s’est passé comme une lettre à la poste internationale … Quelques kilomètres et une bonne heure après, le temps que la méharée ait retrouvé tous ses bédouins, voilà la seconde porte « bab » à passer … Pareil, on descend du bus, on gagne une immense pièce avec plein de guichets où il ne faut pas parler dans l’hygiaphone – il n’y en a pas – mais prendre son mal en patience et attendre qu’un employé daigne apposer son tampon sur le titre de nationalité dûment muni du visa, et qu’il vérifie de nombreuses fois, au cas où … Disons-le, tout le personnel est absolument charmant, ce qui laisse présager de belles rencontres syriennes ! Allez, le bus est fouillé par la douane, on ne sait jamais, on patiente encore un bon temps, dans cette oasis sans autre végétation que des troncs de béton surmontés de palmes tout aussi de béton et de fer grisâtre, le temps que les mêmes bédouins aient regagner leur animal porteur à roues, et c’est reparti par une route parfaitement entretenue, avec seulement beaucoup d’autres méharées et de chameaux à moteur circulant en tout sens en fonction de leur instinct, ce qui laisse supposer qu’il faudra faire drôlement attention pour la survie des âmes par ici … On avance en douceur, somnolant sous le doux balancement de l’animal tentant d’éviter à la fois ses congénères et les quelques obstacles déversés çà-et-là sur la piste … Et puis tout d’un coup, l’animal s’arrête et doivent descendre du bus les quelques touaregs – dont votre serviteur – qui se rendent non pas à l’oasis de Damascus plein Sud mais à celle d’Alepo vers le soleil levant (déjà bien au zénith !). C’était pas prévu, c’était pas marqué sur le dromadaire de service, on s’est fait rouler sans bosse, à nous de nous débrouiller pour trouver une autre caravane. Parmi l’équipée, notre malaysien qui ne comprend rien à la situation, et les trois monténégrins qui se chargent de bien critiquer ce pays qu’ils connaissent pourtant déjà bien … On n’a plus qu’à attendre un mini-bus local privé veuille bien nous charger avec notre barda … Cela ne tarde, pas, longue discussion de routine pour faire baisser le prix déjà pas élevé, et nous voilà repartis vite fait … mal fait, car le chauffeur s’aperçoit qu’il n’a plus de diesel … et c’est là que je découvre les effets de l’embargo international qui sévit sur le pays qui a bien du pétrole, certainement des idées mais une seule raffinerie et qui ne peut assurer toute la consommation locale … Visite donc de « la » station service plus loin vers Damascus, attente et discussions à n’en plus finir. La seule chose à faire est de la trouver, cette patience, on va t’en trouver, du carburant, pour toi, microus, drôle d’animal couleur locale ! Allez, va falloir appliquer les bonnes manières, être cool (n’est-ce pas mes trois co-voyageurs balkanais !), vivre dans ce décor naturel syrien bien sympathique bien que parsemé ça et là de bipèdes en tenue de camouflage comme s’il y avait des brigands parmi les buissons, un petit appel à mon hôte du jour, et me voilà débarqué, corps et biens devant un hôpital local à l’entrée d’Alepo… Saïd me rejoint peu de temps après, nous gagnons assez rapidement (pour une ville de trois millions d’habitants) son quartier bien tranquille en pierres de tailles. On se croirait – presque – en Europe ! Accueil dans la famille, présentation de Saïd (dentiste), de sa femme (professeur dans un établissement scolaire public) et de leurs trois jeunes filles (13, 11 et 6 ans) qui étudient dans le collège privé jouxtant la cathédrale catholique qu’ils fréquentent assidument … Merci les amis pour ce bon déjeuner typiquement syrien, pour votre accueil et la visite de votre appartement ! Encore un peu de discussions et nous gagnons l’appartement des parents de Saïd (absents en ce moment car ils résident dans leur maison estivale du côté d’Ohms – haut lieu actuel de la rébellion anti-gouvernementale). C’est là que je vais poser mon sac, dans un appartement bien tranquille, pas trop moderne mais typique d’ici. Il est quatre heures, Saïd part travailler, et moi, je pars à la conquête de cette ville, bien jolie dans ce coin chrétien. Plus de quatre heures de marche, pas de plan, un vrai labyrinthe, et pour m’y retrouver sans plan, c’est pas coton. J’ai plusieurs fois l’impression que je ne vais pas y arriver mais … vive le feeling ! et vers 21 heures, Abu me rejoint, nous partons rejoindre Abu, un syrien musulman retraité qui nous ballade lui-aussi dans les rues, petit kawa dans le jardin public bien colonial, puis dîner d’une pizza et retour … Finalement rien de bien spécial aujourd’hui, non ? si ce n’est … la découverte d’un nouveau pays, de nouveaux autochtones, d’une nouvelle vie, mais pourtant une chose n’a pas changé, malgré la violence latente à quelques pas : la caravane de la gentillesse et le sourire. Ah, que les frontières sont bien artificielles ….

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