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Bienvenue sur mon blog !!! Son but : Marchons ensemble ! et avançons sans ampoules vers la Terre Promise

Association

L'association PAIX - EIRHNH - SALAM - SHALOM ("Paix" en Français, grec, arabe et hébreu translittérés) :

En quoi consiste-t-elle ?
Créée le 21 Avril 2011, cette association a pour but de promouvoir des actions concrètes de rapprochement entre les peuples, dans le cadre de la paix dans le monde et du dialogue inter-religieux.
Pour 2011, l'action principale consiste en "première mi-temps" à rallier à pied Bois-Guillaume à Jérusalem ... puis en "seconde mi-temps" à déposer dans une fente du mur des Lamentations tous vos messages de paix ... puis en "troisième mi-temps" de partager ensemble tous ces moments de rencontres sur la route !


Comment y adhérer ?
Si vous le souhaitez, vous pouvez apporter votre contribution [sans déduction d'impôt possible], à titre d'entreprise-sponsor ou de particulier-bienfaiteur, en envoyant un chèque libellé à l'ordre de l'Association PAIX-EIRHNH-SALAM-SHALOM et du montant que vous souhaitez à l'adresse suivante: chez Monsieur Benoît MOULIN, 344 Chemin de Clères, 76230 BOIS-GUILLAUME.
Cette contribution servira pour aider les personnes qui voudront bien accueillir sur le chemin ...


Le Blog et l'Anti-Blog :
Chaque jour (ou presque !!!) sur ces pages, vous retrouverez :
- Le blog du pèlerin,
- L'anti-blog du co-pilote, Amédée BOURAIN ainsi que la pensée de celles et ceux qui m'ont accueilli pour un soir !!!

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afin d'illustrer l'évènement de notre Ben - Vos commentaires dans le message du 10 Novembre - Message à Tahar !

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Les Colombes de la Paix !!!

jeudi 6 octobre 2011

Jour J + 152 : Amédée


Moi, j’aime bien l’odeur des souks, les parfums des épices, les échoppes de tout et de rien, les propositions de babioles, les gens qui passent et qui vous regardent avec étonnement, les alepiens et les alepiennes qui vous sourient et qui vous parlent sans se rendre compte que vous avez été fainéants et que vous auriez quand-même pu apprendre quelques mots d’arabe de plus (hein Ben, même si tu en retrouves, quelques reliques de mots au fond de ta mémoire, c’est quand même bien loin, tes études d’arabe à Sfisef en Algérie, tu aurais pu passer le cap du troisième millénaire !). Heureusement, Abu, il est là pour tout nous expliquer, pour nous faire tout découvrir, mais aussi … pour aborder tous ceux qu’il trouve sur son chemin … Et là, faut peut-être mieux pas trop connaître l’arabe, car notre copain Abu, il dit beaucoup ce qu’il pense ! finalement, cela me fait penser à ces petits boulots qu’on voit partout ici, à ces gens qui restent accroupis toute la journée sur un trottoir avec devant eux un pèse-personne électronique (ah, Teraillon !), leur seule occupation étant de recueillir les quelques livres syriaques que leur donnera un client qui se mettra dessus pour connaître instantanément et avec précision son poids … Bref, cela me fait penser qu’ici, tout est affaire de dose, de donner le bon poids aux choses, à soi et à sa vie (voilà que je deviens Amédée-le-philosophe …), et ça me donne bien envie moi-aussi de monter sur une balance (mécanique, je suis de l’Ancien-Régime, moi), seulement pour vérifier que je n’ai pas trop abusé du foul d’Abu et que je n’ai pas besoin de me mettre au régime –le nouveau ! Parce qu’ici, tout est à la fois partage entre les deux plateaux de la balance : la juste dose et le – peut-être – excès. Pour cette leçon, merci Abu !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Abu  d'  Alepo

Abu, c’est l’ami de Saïd. On ne peut pas dire qu’ils se ressemblent sur tous les points, mais c’est peut-être cela qui les attire, tous les deux. Abu, à 67 ans, il est à la retraite de sa fonction au sein de l’Etat (armée ? finances ? c’est comme vous voulez !). Il habite un petit appartement haut perché dans une rue animée au cœur de l’Alepo chrétienne, son salon, il est décoré tel une caverne d’Ali Baba, sa femme je ne ferai que l’entre-apercevoir, il adore se balader à pied dans « sa » ville et le / la faire partager, et puis … Abu il est musulman, mais pas vraiment dans l’âme, et il ne le cache pas quand il échange avec toutes les personnes qu’il peut, connues ou non ! Bref, Abu, c’est un peu une grande gueule, quelqu’un qui dépasse le poids autorisé par la balance, mais quand il vous ballade dans Alep ancienne, il est puits de science … Et quand il vous invite chez lui à manger un foul, vous savez ce plat – soupe à base d’énormes haricots blancs et que vous trouvez par ici, plat de tous les jours mais aussi plat de fête, Abu il est plein de délicatesse ! Il voudrait bien que je reste plus longtemps, que je fasse la sieste sur son canapé, que je profite de son salon-oasis, mais voilà … une pérégrination, c’est un peu sans arrêts. Alors après avoir arpenté les souks et la Medina, après s’être restauré sous la – presque – tente – de bédouin, eh bien, il me faut le quitter ce bon Abu, à regret mais avec le souvenir de quelqu’un bien d’ici, avec toutes ses richesses et ses imprévus ! :

"My love Benoît, you must be the only one to do that: walk, see, meet, speak, write, hope : continue for you, continue for us, continue for the world - Peace !" (Abu)
(Mon cher Benoît, tu dois être le seul à faire cela: marcher, voir, rencontrer, échanger, écrire, espérer : continue pour toi, continue pour le monde : Paix !)

mercredi 5 octobre 2011

Jour J + 151 : Journée à Alepo (Total = 5197 kms dont 5052 kms à pied)

Pensée Spirituelle
"Non, les peuples ne doivent pas désarmer pour que se déclarent de nouvelles guerres, mais ils doivent poursuivre leurs efforts de désarmement dans des conditions de sécurité telles qu’il n’y ait pas de dupes ni de victimes."
(Aristide BRIAND)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Dieu a promis à ceux d'entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu'Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l'a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu'il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M'adorent et ne M'associent rien et celui qui mécroît par la suite, ce sont ceux-là les pervers. Accomplissez la Salat, acquittez la Zakat et obéissez au messager, afin que vous ayez la miséricorde. "
(Sourate 24 [An-Nur – La lumière], Versets 55 – 56)


La sécurité … Voilà un sujet qui nous tracasse tous pas mal ces derniers temps, notamment me concernant. Oui, ici, en Syrie, les gens se posent des questions sur leur devenir, sur leur avenir. Que va –t-il advenir dans les temps à venir ? Oui, ici, on est loin de la douceur des palmeraies d’antan et de la légendaire atmosphère moyen-orientale dont tout le monde peut rêver … Mais oui aussi, ce pays est attachant et recherche à prospérer dans la bonne direction, pour le bien-être de tous … Notamment des – quelques – touristes et pèlerins actuels qui s’y trouvent et qui s’y retrouvent … Mais c’est vrai aussi que ce n’est pas à Alepo que, parait-il, nous avons à craindre … Une belle ville pas si moyen-orientale que cela, une citadelle témoin d’un passé déjà de violence mais où maintenant règne la sérénité des vieilles pierres dominant de leur aura une ville tentaculaire et grouillante de vie. A Alep, il n’y a rien à craindre, me dit-on de manière unanime, et c’est tant mieux ! … D’ailleurs, l’idée de voyager ici plutôt en bus, elle est approuvée par tous, du moment que l’on est prudent, cela ne va pas poser de problèmes … Alors RASSUREZ-VOUS ! aujourd’hui en tous cas, ici dans cette belle ville où je prends le temps de sentir les odeurs, où d’innombrables sourires accompagnés de « You are welcomed ! » fusent de tous les coins de rues – et même d’entre les coins de rues - on se sent bien, on sait que ce n’est pas la panacée, on regarde à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche puis à droite et à gauche quand on veut traverser une rue, on fait attention aussi à ce qu’on dit et à ce qu’on fait, on met ses bas de pantalon et sa chemise blanche pour passer un peu inaperçu (mais cela, ce n’est pas gagné, je ne passe vraiment pas pour un syrien de base !), bref, on profite du pays et de ses habitants, de ses vieilles pierres et de son ambiance moderne (ou tout au moins modernisante), on ne marche pas – au sens propre comme au sens figuré – en dehors des limites du chemin qui nous est fixé, on fait tout pour que tout aille au mieux. Et c’est vrai que cela va au mieux, pour ne pas dire très bien.
Etes-vous un peu rassurés par toute cette tentative de sécurité ?
Ah, c’est vrai que le Moyen-Orient, c’est le charme et la douceur de l’Orient, avec des moyens pas toujours à notre dimension … mais on y est bien, tout en sachant que chaque jour, le but se rapproche et que l’on va revenir bientôt revoir la Normandie qui nous a donné le jour, puisse-t-elle être elle-aussi –et vous aussi – en sécurité !
Salam, mes amis, portez-vous bien !

Jour J + 151 : Amédée


Moi, Amédée 1er, je n’ai pas envie de servir de chair à canon, tout de même, nom d’un pétard ! Je suis un VIP, et je tiens à ce que ma sécurité, elle soit assurée … Ben il est bien gentil, mais franchement, est-ce qu’il a la carrure d’un garde du corps ? Eh puis, ma voiture blindée, où elle est, c’est qu’un sac à dos ? Eh puis, mon gilet pare-balles, c’est qu’une … vieille chaussette ? Allez, les amis, je plaisante, je ne tiens pas plus à faire la première page de Gala ou de Points de Vue que vous, pas plus que je ne tiens à faire l’objet d’un article dans les médias pour un petit projectile déviant un peu de sa trajectoire « normale », je suis un gnome comme les autres, tout comme Ben est un pérégrin comme les autres, un humain comme les autres ! et comme les autres, nous, on profite de la beauté des naïades locales, de la gentillesse et du sourire de tout le monde, en faisant quand même gaffe, faut vous le dire, à tout échauffement même localisé de la planète, on a bien profité aujourd’hui d’Alepo, on a bien arpenté les rues, sans se paumer, on a trouvé partout des traces de richesses touristiques et humaines, on est bien ici, sans arme en vue, même si on fait en même temps attention (et cela, ce n’est pas évident) à ne pas se faire écraser par les trop nombreuses caisses à savon – d’Alep ! – Et si on n’a pas envie de faire partie prenante de la grande lessive actuelle dans le pays (tout de même, on n’a pas envie de se faire passer un savon – d’Alep !) Et ce soir, avec Thaer, la discussion a été profonde sur les soucis et les risques actuels et latents du pays, on a obtenu des éléments supplémentaires pour que je puisse voyager en bonne sécurité, sans me retrouver une fois de plus allongé pour une opération de recollage par Ben. Mais rassurez-vous, Thaer et Ben, ils n’ont pas que psychoser, ils sont surtout échanger sur différents points de vue qui se sont retrouvés … en toute sécurité ! merci Thaer !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Thaer  d'  Alepo

Avec Thaer, notre rencontre sera celle d’un soir, celle d’un repas. Nous nous retrouvons au pied de la tour de l’horloge, en plein centre du quartier historique et animé d’Alepo … Prise de connaissance très rapide, le courant passe, sans soucis de court-circuit ou de manque d’ampérage ! Et notre repas, que m’offre mon hôte d’un soir, sera superbe, abondant, trop abondant peut-être, dans un petit restaurant juste au bord de sa piscine intérieure, en toute sécurité, en toute amitié ! Thaer, il a fini ses études actuelles en Syrie, il travaille pour une petite entreprise de prestations informatiques non loin de la frontière avec la Turquie, il a fait plus d’une heure en bus pour venir me voir, et il en fera autant au retour. Vu la distance, il ne peut loger (ni me loger) dans sa famille qui habite Alepo, la brièveté de notre entrevue en sera d’autant plus riche … Et Thaer, il a plein de projets, il veut aller étudier à Berlin, le temps d’enrichir son cursus d’ouverture sur un monde sans frontières et sécuritaire avec une solide formation et de voir du pays. Peut-être nous reverrons-nous en France ? et Thaer, c’est quelqu’un de solide, de croyant, d’espérant, de voulant changer le monde … C’est aussi un souhaitant-pérégrin, et c’est sans doute pour cela qu’intéressé par mon périple, il a aussi voulu me rencontrer, pour construire ensemble un monde ouvert, sans problèmes de sécurité. Ah, j’espère bien que tu vas le faire toi aussi, un jour, ce périple, mon cher Thaer ! Pourquoi pas tous les deux d’ailleurs, nous avons tellement de choses encore à échanger, on n’en est pas venus à bout, de tous nos sujets ! :

"I wish you to achieve your trip safety and I wish to do the same trip ! When you arrive Al-Qudus, remember me ! Gog bless you and be with you !" (Thaer)
(Je te souhaite d’achever ton voyage en sécurité et j’aimerais effectuer le même voyage ! Quand tu arriveras à Qudus, souviens-toi de moi ! Que Dieu te protège et soit avec toi !)

mardi 4 octobre 2011

Jour J + 150 : Antakya (Turquie) => Alepo (Syrie) => (145 kms en Bus - Total = 5197 kms dont 5052 kms à pied)

 Information spéciale :
Message posté le 4 Octobre
Bonjour à vous tous !!!!
En ce mardi 4, notre Ben vient de traverser la Frontière
 entre la Turquie et la Syrie.
Il se trouve dans la superbe ville d'Alep situé au Nord Ouest
Il vient de m'envoyer un petit mail pour me / nous / vous rassurer :
Tout va bien !
************************************
Hello,
 me voila en Syrie,
 passage de frontière sans aucun problème,
 Alep est une super ville et je suis héberge,
les gens sont très sympas et serviables,
Bien sûr je reste vigilant !!!!
Par contre, pour Internet,
ne vous attendez pas à des merveilles. Ben



Pensée Spirituelle
"Voyager nous permet de constater que si les peuples ont des frontières, la bêtise humaine n’en a pas."
(Jean AMADOU)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Et dès que la caravane franchit la frontière [de Canaan], leur père dit : «Je décèle, certes, l'odeur de Joseph, même si vous dites que je radote»."
(Sourate 12 [Yusef – Joseph – ], Verset 94)


Et c’est là que la caravane se met en route, celle des temps modernes, avec des drôles d’animaux sans bosses comme les chameaux d’autrefois, mais sur roues, avançant sur la piste qui n’est plus sableuse mais bien brillante sous le soleil de ce coin un peu perdu entre deux pays séparés par … une frontière : franchissable ? infranchissable ? laissons les heures divines se dérouler …
Il a bien fallu que cette caravane, elle se mette en branle, ce qui n’est pas le plus facile, même au XXIème siècle ! nous étions passés à l’Otogar – traduisez « gare routière » – , hier soir, Ozan et moi, pour demander l’horaire de départ du bus d’Antakya pour Alepo. Un vieux grincheux peu loquace et déjà endormi au guichet nous annonce : départ 08h30 … Alors juste avant d’aller travailler, Ozan me dépose ce matin avec sa belle voiture à l’Otogar … Tiens, je retrouve le même vieux grincheux peu loquace mais peut-être moins endormi qui m’annonce de lui-même qu’il s’excuse mais qu’il s’était trompé et que le départ est non pas à 08h30 mais à 11h00. Heureusement que c’est dans ce sens-là ! il suffit de poireauter, d’observer les départs et arrivées des autres caravanes qui elles, ne vont pas tenter de la franchir, cette fameuse frontière, mais d’arpenter le désert turc … Et ça y est, notre caravane est là, un bus assez moderne, pas mal de gens, des turcs et des syriens, mais aussi quelques étrangers, deux russes en costume traditionnel, un jeune malaysien grande gueule et une mère et ses deux jeunes venant du Monte-Negro et se rendant à Alepo pour rejoindre leur père et s’apprêter à poursuivre leurs études (pour les jeunes). Comment le sais-je ? me direz-vous. Facile, dans ce genre de frontière, il faut x fois montrer ses papiers, alors les passeports n’arrêtent pas de circuler ! Que vous dire sur ce trajet de 80 kms … c’est le complet désert par ici, notre bus-méharée fonctionnant au diesel s’arrête quelque fois dans des oasis, je retrouve le trajet déjà effectué hier dans ce sens en chameau-diesel et dans l’autre en pèlerin- babouches. Comme il ne faut pas trop me faire remarquer (passera ? passera pas ? le rideau de fer local ?), pas d’ordi ni bouquin. Bref, je somnole comme tout le monde … Tiens, je retrouve le camp de réfugiés, vaste camping 5* de tentes immaculées sous un soleil de plomb : pauvres gens … Peut-être philosophes, ils n’ont pas l’air malheureux, mais quand-même … Et voilà la frontière, côté sortie turque, il nous faut descendre du bus et gagner à pied le poste de police, simplement patienter à la queue leu-leu comme à l’école primaire pour obtenir le tampon de sortie du territoire. Me voilà apatride français en zone franche … cela s’est passé comme une lettre à la poste internationale … Quelques kilomètres et une bonne heure après, le temps que la méharée ait retrouvé tous ses bédouins, voilà la seconde porte « bab » à passer … Pareil, on descend du bus, on gagne une immense pièce avec plein de guichets où il ne faut pas parler dans l’hygiaphone – il n’y en a pas – mais prendre son mal en patience et attendre qu’un employé daigne apposer son tampon sur le titre de nationalité dûment muni du visa, et qu’il vérifie de nombreuses fois, au cas où … Disons-le, tout le personnel est absolument charmant, ce qui laisse présager de belles rencontres syriennes ! Allez, le bus est fouillé par la douane, on ne sait jamais, on patiente encore un bon temps, dans cette oasis sans autre végétation que des troncs de béton surmontés de palmes tout aussi de béton et de fer grisâtre, le temps que les mêmes bédouins aient regagner leur animal porteur à roues, et c’est reparti par une route parfaitement entretenue, avec seulement beaucoup d’autres méharées et de chameaux à moteur circulant en tout sens en fonction de leur instinct, ce qui laisse supposer qu’il faudra faire drôlement attention pour la survie des âmes par ici … On avance en douceur, somnolant sous le doux balancement de l’animal tentant d’éviter à la fois ses congénères et les quelques obstacles déversés çà-et-là sur la piste … Et puis tout d’un coup, l’animal s’arrête et doivent descendre du bus les quelques touaregs – dont votre serviteur – qui se rendent non pas à l’oasis de Damascus plein Sud mais à celle d’Alepo vers le soleil levant (déjà bien au zénith !). C’était pas prévu, c’était pas marqué sur le dromadaire de service, on s’est fait rouler sans bosse, à nous de nous débrouiller pour trouver une autre caravane. Parmi l’équipée, notre malaysien qui ne comprend rien à la situation, et les trois monténégrins qui se chargent de bien critiquer ce pays qu’ils connaissent pourtant déjà bien … On n’a plus qu’à attendre un mini-bus local privé veuille bien nous charger avec notre barda … Cela ne tarde, pas, longue discussion de routine pour faire baisser le prix déjà pas élevé, et nous voilà repartis vite fait … mal fait, car le chauffeur s’aperçoit qu’il n’a plus de diesel … et c’est là que je découvre les effets de l’embargo international qui sévit sur le pays qui a bien du pétrole, certainement des idées mais une seule raffinerie et qui ne peut assurer toute la consommation locale … Visite donc de « la » station service plus loin vers Damascus, attente et discussions à n’en plus finir. La seule chose à faire est de la trouver, cette patience, on va t’en trouver, du carburant, pour toi, microus, drôle d’animal couleur locale ! Allez, va falloir appliquer les bonnes manières, être cool (n’est-ce pas mes trois co-voyageurs balkanais !), vivre dans ce décor naturel syrien bien sympathique bien que parsemé ça et là de bipèdes en tenue de camouflage comme s’il y avait des brigands parmi les buissons, un petit appel à mon hôte du jour, et me voilà débarqué, corps et biens devant un hôpital local à l’entrée d’Alepo… Saïd me rejoint peu de temps après, nous gagnons assez rapidement (pour une ville de trois millions d’habitants) son quartier bien tranquille en pierres de tailles. On se croirait – presque – en Europe ! Accueil dans la famille, présentation de Saïd (dentiste), de sa femme (professeur dans un établissement scolaire public) et de leurs trois jeunes filles (13, 11 et 6 ans) qui étudient dans le collège privé jouxtant la cathédrale catholique qu’ils fréquentent assidument … Merci les amis pour ce bon déjeuner typiquement syrien, pour votre accueil et la visite de votre appartement ! Encore un peu de discussions et nous gagnons l’appartement des parents de Saïd (absents en ce moment car ils résident dans leur maison estivale du côté d’Ohms – haut lieu actuel de la rébellion anti-gouvernementale). C’est là que je vais poser mon sac, dans un appartement bien tranquille, pas trop moderne mais typique d’ici. Il est quatre heures, Saïd part travailler, et moi, je pars à la conquête de cette ville, bien jolie dans ce coin chrétien. Plus de quatre heures de marche, pas de plan, un vrai labyrinthe, et pour m’y retrouver sans plan, c’est pas coton. J’ai plusieurs fois l’impression que je ne vais pas y arriver mais … vive le feeling ! et vers 21 heures, Abu me rejoint, nous partons rejoindre Abu, un syrien musulman retraité qui nous ballade lui-aussi dans les rues, petit kawa dans le jardin public bien colonial, puis dîner d’une pizza et retour … Finalement rien de bien spécial aujourd’hui, non ? si ce n’est … la découverte d’un nouveau pays, de nouveaux autochtones, d’une nouvelle vie, mais pourtant une chose n’a pas changé, malgré la violence latente à quelques pas : la caravane de la gentillesse et le sourire. Ah, que les frontières sont bien artificielles ….

Jour J + 150 : Amédée


Moi, vous savez, les transports de Ben en bus modernes, ça commence aujourd’hui, mais ça ne me va pas beaucoup … Je préférais les doux balancements quand il portait son sac à dos ! Ca reviendra peut-être un jour, avant la fin de notre périple ? C’est pour cela que je lui ai suggéré le moyen beaucoup plus économique et beaucoup plus simple pour passer la frontière de la charrette : pas de carte grise, pas de plaques d’immatriculations, pas d’assurance à payer. Que demandent les peuples turc et syrien, cela simplifierait bien les choses aux douaniers et à la police des frontières, non ? Eh puis, dans Alepo, la circulation serait bien moins dangereuse pour les piétons, non ? Bon, je lance mon idée, peut-être que cela va suivre son chemin … sur une carriole ? Heureusement, nous, on a la chance d’avoir Saïd qui nous promène dans la ville et qui nous prévient de tous les dangers, bien qu’Alep, ce soit une ville bien sympa ! Tu nous accueilles, tu nous loges, tu nous nourris, tu nous ballades, tu nous nourris, tu nous fais partager ta vie et ta famille, sans aucune frontière, merci Saïd !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Saïd  d'  Alepo

Saïd, il est de la famille d’amis d’amis de la banlieue rouennaise, et c’est là que les frontières peuvent facilement être dépassées, au-delà des idioties et des complications. Saïd, il est dentiste, sa famille est d’ici mais une bonne partie a émigré, il est dentiste aux heures où la clientèle daigne se déplacer, le reste du temps il ne manque pas d’occupations avec sa famille et ses amis. Et là, je dois faire partie de son cercle sans frontières, car je suis reçu comme un roi, avec gentillesse, prévenance et lucidité. Dans cette Syrie si riche en culture et en monuments mais si pauvre en pouvoir d’achat, si accueillante pour celui qui vient du delà des frontières mais si inquiétante par ses crises internes, Saïd, il est bien là pour assurer, rassurer et guider : un vrai berger sans frontières ! :

"I want that the world becomes a large village of Peace without wars and hits. The good relationships must be better. God with you, my traveller. I wish you all the success in your project and in your journey. Friendly" (Saïd)
(Je veux que le monde devienne un grand village de Paix sans guerre ni heurts. Les bons relations doivent devenir meilleures . Que Dieu soit avec toi, mon voyageur ! Je te souhaite tout le succès dans ton projet et dans ton voyage. Amicalement)

lundi 3 octobre 2011

Jour J + 149 : Antakya en Bus => Cilvegözü (Frontière) =>Antakya à pied (49 kms - Total = 5052 kms)

Pensée Spirituelle
"Tes amis t’invitent à un repas : arrive tard si tu veux … ils t’appellent pour les consoler : hâte-toi !."
(CHILON de Sparte)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Il n'y a pas d'empêchement à l'aveugle, au boiteux, au malade, ainsi qu'à vous-mêmes de manger dans vos maisons, ou dans les maisons de vos pères, ou dans celles de vos mères, ou de vos frères, ou de vos soeurs, ou de vos oncles paternels, ou de vos tantes paternelles ou de vos oncles maternels, ou de vos tantes maternelles, ou dans celles dont vous possédez les clefs, ou chez vos amis. Nul empêchement à vous, non plus, de manger ensemble, ou séparément. Quand donc vous entrez dans des maisons, adressez-vous mutuellement des salutations venant de Dieu, bénies et agréables. C'est ainsi que Dieu vous expose Ses versets, afin que vous compreniez."
(Sourate 24 [An-Nur – La lumière], Verset 61)



Ce matin, il faut décoller de bonne heure : Erdogan doit partir enseigner à son école élémentaire, à l’autre bout de la ville, et moi … moi, eh bien, je dois poursuivre ma route, bosser, dirai-je, ou plutôt rouler ma bosse. C’est le début de la semaine, une petite pensée à tous les écureuils normands (eh oui !) …, mais par rapport à vous, gentils gratte-papier, je ne vais pas aller dans le bon sens. Je m’explique : dans 48,999 kms, c’est l’inconnu. Il doit s’y trouver un rectangle d’étoffe rouge avec une étoile et un croissant blancs … et quelques pas plus loin … un autre bout de tissu, à peu près de la même taille, avec trois bandes horizontales : une rouge en haute, une noire en bas et au milieu une blanche plus large avec deux étoiles vertes. De tout ce joli camaïeu, vous n’aurez pas d’explication de leur signification (quoi que …), mais leur rapprochement signifie … la frontière entre deux pays … Deux pays qui ne sont pas nécessairement copains-copains et qui n’ont pas nécessairement envie de partager la convivialité d’une même table, en tout cas deux pays qui ne voient pas nécessairement du même œil l’arrivée d’un pérégrin hexagonal … Alors j’ai décidé pour une fois … d’aller voir avec un bus comment cela se passe … et de revenir à pied en sens arrière vers Antakya. Et surtout, ne râlez pas du fond de vos chaumières, une voiture, elle fait le même kilométrage en marche arrière qu’en marche avant, eh puis, j’ai tellement fait de fantaisies pédestres en Turquie que ce sera la cerise … Sur le gâteau que j’aurais bien envie de partager avec tous, mes nombreux potes rencontrés depuis cinq semaines ! Bon voilà, le bus, c’est l’affaire d’une petite heure, aucune inquiétude, la zone frontalière paraît calme, je peux rentrer tranquille-peinard le pas léger (j’ai laissé mon sac chez Erdogan) ! et c’est vrai que c’est joli aussi de parcourir le pays dans ce sens-là, de l’Est vers l’Ouest ! Tiens, c’est une idée : Et si je faisais tout le retour de mon périple à pied ? L’idée me trotte en tout cas pendant tout le chemin … La route est bien entretenue, je prends un chaï à un café qui borde une aire d’hébergement temporaire de réfugiés venant d’ailleurs et parqués là sous des tentes immaculées, à la fois quelle tristesse et quelle gentillesse dans leurs regards … Pas le temps ni trop l’envie de manger en route (on ingurgite vraiment trop par ici, c’est de votre fôte les amis, va falloir que je me remette à l’exercice, lol !) car je rentre chez Erdogan après ma virée en sens inverse, on fait un tour dans Antakya pour déjeuner à pas cher du tout de la cuisine hatayienne dans un petit boui-boui couleur locale – un vrai repas ensemble … entre amis. Puis on s’en va visiter l’école de musique Rock-Folk de Mulat – entre parenthèses (qui sont des tirets), pas du tout du même style que l’école de musique classique de Cansu. Ici c’est plutôt baba-cool, presque « prolétaire » plaisantons-nous … mais toujours aussi accueillant. Et puis ensuite le magasin de musique (vaste choix à zyeuter avec un bon café turc pris entre amis) … et là, on gagne un café huppé pour retrouver … Ozan qui arrive tout frais tout beau cravaté rien que pour moi (même pas vrai !). Suivra une soirée éclair, mais ô combien originale avec Ozan et ses amis, quel plaisir de partager une bonne table couleur locale dans un décor de rêve … Et pour finir la soirée, pas de cerise confite sur des amandes effilées sur de la chantilly sur le gâteau, mais une spécialité originale, une coupe de maïzena surmontée de glace et arrosée d’un liquide rose : les couleurs de l’amitié, et un goût … inimitable, les amis !

Jour J + 149 : Amédée


Et c’est à chaque fois pareille : Ben, il m’a laissé tomber … dans le sac aujourd’hui, il n’a pas voulu que je sois séquestré dans le camp de réfugiés (tu parles, il l’a découvert qu’en chemin, cet assemblage d’humains où j’aurais peut-être pu trouver aussi des nains réfugiés). Et quand il est avec ses amis, il me prend pour une cloche. Eh oui ! sympa le copain, non, il trouve peut-être que je ne ferais mieux de rester perché dans mon clocher (là, il doit critiquer mes potes musulmans réfugiés dans leur minaret avec seulement pour coturnes des haut-parleurs depuis leur ex-ami le muezzin il monte plus, préférant chanter depuis le ras des pâquerettes dans un micro), ou bien que je ne tinte pas bien dans le décor, peut-être même que ma voix est fêlée et donne dans la crécelle ou alors que je ne sais pas donner le La … C’est peut-être aussi qu’il trouve que je n’ai pas beaucoup de conversation … Ou qu’il est jaloux par moments que je préfère faire la fête avec mes amis à moi ? c’est vrai que mes amis, je ne lui présente pas toujours, il les trouverait si silencieux, si sereins (et pas serins), si bien élevés à ne pas bouger le petit doigt à table …. Eh bien puisque c’est cela, je laisse Ben aller dîner avec ses amis, et moi, je rejoins comme un battant mes amies les cloches, et vous voulez que je vous dise, cela ne me donne même pas le bourdon ! Parce que ce soir, on va coucher dans le salon, chez Ozan, on va se retrouver, Ben et moi, comme deux vieux amis. Et là, pas besoin de repas, de poivrons pour pimenter notre amitié ou même de verre à trinquer, de chaï pour trinquer à la vie, parce que … on va être bien ensemble comme deux amis habitués à partager la vie épicée ! Et cela, c’est grâce à qui ? merci Ozan !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Ozan  d'  Antakya

Ozan, ça va être une visite éclair, à Antakya, la dernière étape en Turquie, peut-être même une des dernières étapes pédestres … On se découvre très rapidement, quelle bizarrerie de découvrir une belle cravate sur quelqu’un de si bien habillé, de bien sympa en même temps ! Nous gagnons son grand appartement de célibataire … et puis rapidement on retrouve ses trois amis, collègues de travail, pour gagner, dans les environs, un restaurant pour un repas local, dans un cadre enchanteur de sources thermales et de jets d’eau un peu partout. On s’essaye à toutes les langues, j’essaye de comprendre leur activité professionnelle, au sein d’une agence financée par la communauté européenne pour « préparer l’entrée de la Turquie dans la grande famille de l’Europe ». Tiens tiens : allez, les paris sont tenus ! Et puis bien sûr, on parle politique, religion, vie de tous les jours, vie tout court donc … Et puis comme il est trop tôt et que cela ne suffit pas, et bien on gagne ce fameux bar avec ses desserts si bizarrement colorés. Ah, que vivent les repas entre amis ! Allez, il n’y a plus qu’à regagner l’appartement d’Ozan, de passer une bonne nuit, avant de gagner rapidement demain matin l’Otogar d’Antakya pour une nouvelle aventure, celle de la frontière. Mais j’y suis bien préparé, par mes amis de si peu de temps et ce bon repas partagé ! …

"Cher Benoît – Bënoğan, comme tu nous l’as dit, en lettres turques – depuis que j’ai lu ton message dans la boîte aux lettres Couch Surfing d’Antakya, j’ai voulu te rencontrer, et finalement, nous l’avons fait. Ton voyage comporte différents aspects : aventure, socialisation, amour, paix … Je suis « jaloux » de toi, tu as réellement pris tous ces aspects, et je sais que tu ne seras jamais vieux. Toi, et aussi tous les Couch Surfers, vous prouvez que les gens peuvent s’aimer entre eux et passer ensemble de bons moments sans exception. C’est pourquoi j’apprécie beaucoup Couch Surfing, cela crée réellement un monde meilleur. Je veux vraiment croire que nous ferons partie un jour de l’Union Européenne … Mais d’un autre côté, je sais que cela est impossible, car comme je te l’ai dit, il n’y a rien à faire entre nous (qui sommes le peuple innocent du monde ), tout cela est de la politique … Sois prudent en Syrie, et s’il te plait, n’oublie pas de me transmettre ce qui s’y passe réellement … Et pendant que tu marcheras par les routes, n’oublie pas de voir ceux qui fument le narguilé et qui boivent le thé, n’oublie pas de t’asseoir et de prendre du repos. J’espère bien que tu vas rencontrer des gens bons comme tu l’es, de la part d’Ozan , peut-être le dernier turc qui écrit dans ce livre !" (Ozan)

dimanche 2 octobre 2011

Jour J + 148 : Journée de repos à Antakya (Total = 5003 kms)

Pensée Spirituelle
"Trop de repos n’a jamais fait mourir personne"
(Paul di Tristan BERNARD)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Si celui-ci est du nombre des rapprochés (de Dieu), alors (il aura) du repos, de la grâce et un Jardin de délices. Et s'il est du nombre des gens de la droite, il sera [accueilli par ces mots]: « Paix à toi» de la part des gens de la droite."
(Sourate 57 [Le fer], Versets 88 - 91)


Aujourd’hui, encore un Dimanche, je commence à vraiment avoir l’impression que les semaines durent une journée … et comme YHWH – Dieu – Allah a décrété, en tout bon employeur, qu’il y avait un septième jour, celui du repos hebdomadaire, eh bien je m’y colle ! On dort bien chez Erdogan, à deux dans la même pièce – alors qu’il y a deux autres pièces complètement vides, m’enfin , ça fait partie du personnage … – Petit déjeuner luxueux, on attend avec impatience que Mulat, notre comparse d’hier soir, soit disponible avec son fils de trois ans, Ada, pour aller nous promener ensemble dans la ville et puis aux alentours. Enfin ça y est, direction le jardin public, digne représentant des parcs dessinés par les français en leur temps dans toute cité coloniale qui se respecte, puis la rue principale, baptisée – vous l’aurez deviné, là-aussi – Atatürk, et là se trouve … l’école très stylée de musique classique de Murat et Cansu, installée dans un appartement de grande classe, au rez-de-chaussée d’un immeuble de luxe ! Aujourd’hui Cansu donne des cours de rattrapage, ce qui ne nous empêche pas d’y déguster un chaï et un café turc, d’avoir un mini concert de flûte traversière puis de baglama (l’instrument à cordes caractéristique du coin) … Il est temps de monter dans la … Range Rover de Mulat (il ne se refuse rien, l’ « animal ») et de gagner un des hauts lieux de la chrétienté, l’église saint-Pierre, troglodyte, un des premiers lieux où les chrétiens d’Antakya venaient secrètement prier … Et cela rejoint ce qui figure dans les Ecritures : ainsi il est dit que saint Barnabé a rejoint saint Paul depuis Tarsus jusqu’à Antioche, où ils ont parlé à une foule nombreuse, justement en ce lieu où figure pour la première fois scripturaire le terme de « chrétiens (eh oui !) : « Barnabas se rendit ensuite à Tarse, pour chercher Saul. Et, l'ayant trouvé, il l'amena à Antioche. Pendant toute une année, ils se réunirent aux assemblées de l'Église, et ils enseignèrent beaucoup de personnes. Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. » (Actes des Apôtres 11, 25 – 26) …
Et plus tard, Paul signale qu’il a rencontré Pierre à Antioche et qu’ils ont discuté au sujet de la manière de prendre les repas pour les juifs et pour les gentils-chrétiens – discussion si importante qui en laisse présager bien d’autres, tout-à-fait dans le créneau du dialogue interreligieux – « Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était répréhensible. En effet, avant l'arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens. Et, quand elles furent venues, il s'esquiva et se tint à l'écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. Voyant qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser ? Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d'entre les païens. » (Epître aux Galates 2, 11 – 15). Et voilà que Pierre est considéré par les chrétiens comme étant le premier évêque de la nouvelle Eglise fondée dans cette cité … que dire de plus ? Pas grand-chose à y voir, dans cette grotte réputée : un autel, une chaire, un bassin baptismal, un tunnel … Bref, l’aspect d’une grotte, le mystère et la tradition en plus ! mais pour le pérégrin que je suis, à signaler que Paul VI est venu prier ici en 1963 et a déclaré qu’une indulgence plénière pouvait à tout moment être gagnée grâce à un pèlerinage dans cette église. Mon Dieu, mais aussi vous, Mesdames et Messieurs, puisque les pas de votre humble serviteur l’ont mené jusqu’ici, j’ai donc droit à toute indulgence, pleine et entière, de votre part !
Allez, la journée s’avance, petit restau de … Döner (l’équivalent des kebabs, ne me demandez pas la différence, personne ne me donne une définition unanime) avec tous nos chers hôtes … Et cette après-midi sera consacrée à faire du tourisme sur le bord oriental de la mer Méditerranée : le tunnel de Titus et Vespasien, la cité ruinée des Séleucides, un village 100 % arménien, et une soirée pizzas turques, café turc et chaï sous les citronniers, à la nuit tombée … Voilà donc une super journée de repos, pas trop reposante, qui se poursuivra encore plus tard chez Mulat et Cansu, nouveaux amis, musiciens dans l’âme et dans les orchestres, aussi chaleureux qu’inenvisageablement possible … Comme quoi, le repos hebdomadaire, ça a été une bonne invention , non ?

Jour J + 148 : Amédée


Moi, quand on me dit : « T’as droit à une journée de repos », je la prends, cette journée de repos ! Alors évitez de me déranger, je suis bien sur mon hamac, pas trop à l’étroit, et je farniente toute l’après-midi … Pourquoi donc j’irais voir un tunnel creusé par des esclaves pour des empereurs romains qui ne devaient pas oublier de se prendre pour la cuisse de Jupiter ? autant se reposer. Ben, il a prévu quelque chose de tellement original demain qu’il me faut décompresser … Façon de parler, parce qu’avec ce drôle de copain-phénomène de Mulat et ses rires ravageurs, va falloir se boucher les oreilles ! Heureusement que Cansu, elle est tout aussi charmante, et plus classique … comme son école, et elle-aussi, c’est une vraie copine ! Merci les amis, vous m’avez consacré toute votre journée simplement déjà parce que vous êtes amis avec Erdogan, on a bien profité de votre Range-Rover, de votre gentillesse et pi tout pi tout … Et toi cher jeune Ada, du même nom que les écoles de musique de tes parents, porte-toi bien, et que tout rayonne de paix autour de toi ! merci Mulat et Cansu

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Cansu et Mulat  d'  Antakya

Vous l’avez compris, ce jeune couple de musiciens, il connaît la chanson : « les amis de mes amis sont mes amis » … Déjà hier soir, ce fut une super soirée kebabs et café VIP ; et ce matin, pour contrebalancer, passage par l’église, il faut le faire – justement un dimanche matin ! – pour des musulmans (quoi que … c’est pas prouvé qu’ils pratiquent tant que cela). Et puis cet après-midi tourisme au son de la douce voix de Cansu pour nous bercer dans leur méga-véhicule ! Ils sont pas encore sur Couch Surfing, mais cela ne va pas tarder du tout, ce qui prouve bien s’il en était leur générosité et leur enthousiasme, bien liés avec leurs amis, les vieux comme les nouveaux, mais aussi avec les élèves, les parents et les professeurs de leurs deux écoles de musique (eh oui, car Mulat, lui, il sévit aussi, côté pop-rock-folk, de l’autre côté du fleuve), et ils rajoutent encore avec leur magasin de musique en plein centre ville. Vous voulez une cerise sur le gâteau, ou plutôt un double-dièse pour rehausser la partition : avec cela, ils se disent prolétaires marxistes, pas en phase avec les instances en tout genre de leur beau pays. Faudra m’expliquer, les amis, à l’occasion de notre prochaine revoyure, pourquoi pas lors de votre intervention envisagée lors d’un concert en France, hein, pourquoi pas les amis ? :

"Cher Benoît, je pense que cette marche que tu as commencé individuellement est très courageuse et impressionnante. J’espère que ton désir de combat pour la paix va se réaliser avec un tel investissement de ta part. Les relations trop courtes que nous avons pu avoir ensemble à Antakya sont très importantes pour nous. Je savais qu’il y a une relation très proche entre les gens de bonté et ceux qui cherchent la Paix, et tu es un membre de cette famille. J’espère que tes pieds te mèneront vers des jours pleins de Paix. Au revoir, et à très bientôt, sois heureux !" (Cansu et Mulat)

samedi 1 octobre 2011

Jour J + 147 : Iskenderun => Antakya (54 kms - Total = 5003 kms)

 Information spéciale :

Cette fois, on ne peut même plus dire que cela s’est passé, c’est passé tout seul ! Le cinquième mois n’est pas terminé, mais la borne fatidique des 5000 kms est tombée aujourd’hui ! Oh de peu, avec trois petits kilomètres de plus au compteur, mais cette fois, on a été plus vite, Amédée et moi … Peut-être que c’est dû à l’appel du vent du Moyen-Orient ? Peut-être que tel un cheval arabe, on commence à vraiment sentir l’écurie ? En tout cas, nous, comme on commence à avoir l’habitude de jouer au mille bornes (quand c’est pas le bakgammon !), on se contente aujourd’hui de fêter en toute simplicité ces cinq-mille bornes (en sachant bien que c’est certainement la dernière fête de kilométrage tout rond, lol … !) de la manière prévue et appliquée dès le départ. Rappelez-vous, - c’était le 3 Juin dernier à Montdauphin en France, pour fêter le premier « mille » en France, on avait acheté une pochette de la Française des Jeux, qui s’appelle … « 1000 bornes ». Sur les sept jeux au grattage, on n’en avait gagné qu’un : la possibilité d’une enveloppe gratuite, pour les 2000 kms. Alors, comme on y croyait, on a donc racheté le 6 Juillet dernier à Klenovica en Croatie une pochette de sept jeux, cette fois-ci de la Croatienne des jeux … Et c’est bizarre, une fois encore on n’a gagné qu’une fois au grattage : la possibilité d’une enveloppe gratuite, pour les 3000 kms. Et puis évidemment, têtus comme on est, on a donc racheté le 10 Août ce matin à Skopje en Macédoine une pochette de sept jeux, cette fois-ci de la Macédonienne des jeux … Et c’est quand-même bizarre, une fois de plus, on n’a gagné qu’une fois au grattage : la possibilité d’une enveloppe gratuite, pour les 4000 kms,- alors, de plus en plus entêtés, on a donc racheté le 6 Septembre dernier à Adaparazi en Turquie une pochette de sept jeux, cette fois-ci de la Turquoise – joli nom, non ? – des jeux … Et c’est bizarre, y-a-t’il du truquage ? Une fois encore on n’a gagné qu’une fois au grattage : la possibilité d’une enveloppe gratuite, pour les 5000 kms, - et voilà-t-il pas que, complètement crazys, peut-être aussi « bourrins » (comme Amédée) ou bien « Moulins (comme Ben), on a donc racheté ce midi à Antakya en Turquie (encore une fois en Turquie, on n’a pas beaucoup marché alors ?) une pochette de sept jeux, cette fois encore de la Turquoise – toujours le même joli nom, non ? Ils n’y a donc pas eu pas de coup d’état entre les deux dates – des jeux … et ce n’est plus bizarre (j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre …), c’est carrément le bazar ici, on doit se faire berner quelque part, les pochettes sont peut-être identiques, il doit vraiment y avoir du truquage ? Une fois encore on n’a gagné qu’une fois au grattage : la possibilité d’une enveloppe gratuite, pour … L’ARRIVEE SUR LA TERRE QUI NOUS EST PROMISE et qui ne semble plus trop loin maintenant (mais on n’y est pas, braves gens, à nous d’abord le Moyen-Orient !) affaire à suivre donc !Et pour votre information, paire de chaussures, bâton de marche est droit comme tout, fractures d’Amédée, estomac de Ben, coutures des vêtements, chaleurs, estomac, éclairage des pieds grâce à des LED plutôt qu’avec des ampoules, tout va au mieux, Elhamdula !!!



Pensée Spirituelle
"L’homme est le plus grand prédateur que la terre ait connu. L’animal tue pour se nourrir, l’homme tue par convictions."
(Olivier ADAM)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Et Dieu a créé d'eau tout animal. Il y en a qui marchent sur le ventre, d'autres marchent sur deux pattes, et d'autres encore marchent sur quatre. Dieu a créé ce qu'Il veut et Dieu est Omnipotent."
(Sourate 24 [An-Nur – La lumière –], Verset 45)

 
La marche ? ça marche ! en route à partir d’Iskederun, petite ville sympa ! Enfin, sympa, pas de doute … petite, il faut une fois de plus relativiser, car me voilà une fois de plus dans une champignonnière, tellement tout a poussé si vite, les immeubles comme les routes, et comme dans ce genre de culture, le sol est complètement labouré … Il me faut donc naviguer entre les ornières, les bouches d’égout mal posées, les bordures de trottoir complètement amovibles, les véhicules ne circulant pas à sens unique dans les rues à sens unique ou circulant dans tous les sens dans les rues à double sens … Je ne sais pas quel pas de danse j’effectue, cela ne doit pas être esthétique aux yeux des spectateurs autochtones. Et certainement que cela ne figure pas dans le manuel, mais pas grave, ma marche est légère, probablement toujours imprégnée de la danse circulaire des derviches, vous savez maintenant, ceux qui tournent, tournent, tournent … Eux qui nous apprennent que la ligne droite entre deux points – le point de départ, bassement et animalement terrestre, et le point d’arrivée, s’il existe, celui de l’approche de la perfection ou à défaut de la sérénité – n’est peut-être pas nécessairement le chemin le plus court, mais que la marche est bien intérieure … C’est vrai que ma marche devient complètement transparente … mais quel genre d’animal suis-je devenu ? suis-je devenu, comme le dit le Coran, un « marchant sur le ventre à terre », un serpent qui est sorti de sa tanière attiré par le soleil ? ou bien marché-je sans m’en rendre compte par moments à quatre pattes (si tel est le cas, rappliquez vite et venez prendre la photo !) ? Il est vrai que par périodes me voilà à trois pattes quoi, muni de mon bâton de quinquagénaire qui me permet de ne pas trop buter sur les cailloux du chemin et de m’acheminer doucement vers des vieux jours eux aussi ensoleillés, … Finalement, à la réflexion sans trop réfléchir, je dois vraiment être un bipède, un derviche pas trop tourneur ou en tout cas pas trop tourneur-en-rond, suivant les charrettes et les quadrupèdes au long de la route (laquelle vous vous en doutez bien est comme partout en Turquie encore une fois à quatre voies à la sortie de l’agglomération), tenté par moments de trouver un raccourci pour serpenter – Et pourquoi pas pour faire la couleuvre – parmi les citronniers et autres agrumes … Oui, j’ai bien de la chance, m’acheminant à travers l’ancienne république d’Hatay, sur les pas de saint Paul et des premiers chrétiens, dans ce territoire géré il n’y a pas si longtemps par les français … J’ai donc bien de la chance de poursuivre mon chemin … sans m’en rendre compte ! Dans ma marche, par ma marche, je dois l’avoir finalement franchie, cette marche d’escalier, je n’ai pas pris l’ascenseur, j’ai peut-être pris le temps, le temps que cela marche … Et me voilà au rythme non plus du podomètre mais du spectacle de la mer et des cultures, de la vie et de la Création. Voilà, ce doit être cela, la marche à pied : c’est quand vous marchez … Sans vous rendre compte que vous marchez, quand cela marche tout seul, presque sans vous, vous qui vous sentez léger comme une montgolfière dans le ciel de Cappadoce, passant pas loin de Tarsus – vous savez, la patrie de ce drôle d’énergumène, Saül, devenu tout d’un coup Paul –, vers Antioche l’inter-religieuse, mais aussi – si cela vous dit quelque chose – sur un certain chemin qui passe par Damas … Mais le hic – car hic il y a –, c’est qu’il n’y a pas moyen de marcher tranquillement, tout le monde veut que je monte dans un véhicule sur roues, alors je passe mon temps à les décevoir, ces gens si serviables, tout simplement parce que je me trouve très bien sur mes deux pattes … Allez, j’ose le dire, vous qui le pensez si fort : je l’étais déjà, mais je dois l’être encore plus devenu, ce sacré drôle d’animal ! Alors peu importe si je rampe, si je trottine ou si je m’appuie par moments sur ma troisième patte, je suis vraiment un bipède, probablement pèlerin, certainement pérégrin ! J’ai peut-être – enfin – trouver ma réponse. Merci à toi, Mevlana, pour un peu, je serai bien pris sans m’en rendre compte dans une danse soufie ! mais il me faut bien revenir sur terre, arriver à Antakya, rejoindre mon cher hôte de cette nuitée, Erdogan (prononcez quelque chose comme « Erdouane », les amis), avec son copain Murat, deux sacrés phénomènes, qui ne marchent pas beaucoup sur la terre mais qui me feront bien marcher par leurs plaisanteries (à charge de revanche pour moi de leur rendre la pareille !), bien à l’image de cette curieuse cité où il fait bon vivre. Ah, Antioche – Antakya de la région d’Hatay, trois noms pour désigner … peut-être un même p’tit coin d’paradis, accueillant tous les animaux de la terre … dont votre serviteur !

Jour J + 147 : Amédée


Moi aussi j’aime bien les animaux ! j’en suis peut-être un sacré, un animal, comme Ben d’ailleurs, comme vous-aussi, les amis ! Car c’est vrai que si j’aime bien prendre mes aises, dans le sac à dos, le soir, au soleil couchant, je rêve souvent de m’envoler d’un coup d’ailes et de vous rejoindre le temps d’un apéro et plus si affinités … Eh bien ça va bientôt être possible !!! Mon rêve va devenir réalité, j’ai trouvé un copain qui veut bien me prendre sur son dos et voler : il s’appelle Icare, Icare-l’aigle, et il m’a dit (peut-être sont-ce des bobards), qu’il sait voler jusqu’à atteindre le soleil ! J’espère bien l’atteindre avec Icare, le soleil, vous me verriez là-haut et je vous éclairerai de ma supériorité … Mais je voudrais bien que mon rêve avec Icare, il devienne pas un cauchemar, que tout cela ne fonde pas comme neige au soleil, en s’approchant de mon astre-sosie. Qu’en pensez-vous, je peux avoir confiance en Icare, ce drôle d’animal ? ou dois-je m’en tenir à cet autre drôle d’animal, ce bipède qui a bien les pieds sur terre, et qui va sans nul doute nous permettre de passer en tout cas ce soir, alors que le soleil se sera barré, une super soirée : allez, je suis raisonnable et je tranche, d’un coup d’aile : merci, Erdogan !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Erdogan  d'  Antakya

Erdogan, 27 ans, célibataire qui veut le rester, vivant dans un grand appartement lumineux avec des pièces vides et inoccupées, consacrant sa vie professionnelle à enseigner avec les moyens du bord l’anglais à ces chères têtes brunes dans un collège, grattant sa guitare électrique quand cela le chante, peu convaincu du bon fonctionnement du pays et de la religion, allant parfois sur Ankara manifester ses idées … Un drôle de personnage, bien campé sur ces deux pattes, plutôt indépendant tel un marcheur ! mais quand vous retirez la carapace de ce sacré animal, vous découvrez que ce n’est pas une tortue et encore moins une vipère mais plutôt une douce couleuvre, un être plein de délicatesse et de gentillesse, heureux d’accueillir avec tous les égards (et peut-être trop ?) son premier couchsurfer (en la personne de votre humble serviteurs), heureux de vous emmener avec son copain Murat manger les meilleurs kebabs de Turquie, forcément ceux d’Antakya (et pourtant, il vient d’Adana, notre énergumène !), le tout accompagné du célèbre jus fermenté de carotte rouge … Puis il nous faut aussi aller prendre un café turc dans le « casino local » qui a servi en son temps à héberger le parlement de la république autonome d’Hatay entre 1923 et 1939, avec la bénédiction des français (cela, vous ne le saviez pas, hein !), heureux de vous faire partager sa vie, ses interrogations et ses certitudes, celle que le monde peut être plus égalitaire, plus pacifique, plus jovial, plus libéral, plus humain donc … Car Erdogan, il a ses convictions, bien marquées souvent et qui lui ont joué quelques tours, mais n’a-t-il pas raison de s’exprimer, notre sacré animal, peut-être autrement que par le droit de vote, mais de manière adulte et humaine … et pas animale ! Vous l’avez compris, notre Erdogan national, peut-être plus antiochien que turc, peut-être plus paulinien que mahométain, il me met du piment, dans cette halte. Voilà qui ne va pas déranger mon cher estomac, voilà qui donne à cette quasi-fin de Turquie des allures de marché aux épices et de jardin aux senteurs moyen-orientales !

"I think we had a good time together ! and my friends Murat, Cansu, Ada and Azizcan are glad to host you. I hope you’ll be successful in your mission, that one you know like Ataturk (Turkish God) which I know one of his sayings: “peace at homes, Peace in the world”. You’re a lovely person, nice to meet you." (Erdogan)
(Je pense que nous avons passé un bon moment ensemble ! et mes amis Murat, Cansu, Ada et Azizcan sont heureux aussi de t’accueillir. J’espère bien que tu vas la réussir, ta mission, celle que tu t’es fixée, celle qu’Atatürk (le Dieu turc) a dit dans une de ses maximes : « la paix dans les maisons, la Paix dans le monde ». Tu es quelqu’un de super, très heureux de t’avoir rencontré.)

vendredi 30 septembre 2011

Jour J + 146 : Dörtyol => Iskenderun (53 kms - Total = 4949 kms)

Pensée Spirituelle
"Pour les soufistes, l’Amour est savouré, mais son essence demeure incomprise."
(Jacqueline KELEN)
 
Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Le Messager a cru en ce qu'on a fait descendre vers lui venant de son Seigneur, et aussi les croyants. Tous ont cru en Dieu, en Ses anges, à Ses livres et en Ses messagers. […] A Dieu seul appartiennent l'Est et l'Ouest. Où que vous vous tourniez, la Face (direction) de Dieu est donc là, car Dieu a la grâce immense. Il est Omniscient."
(Sourate 14 [Al-Baqarah [La vache]], Versets 285a ; 115)


Aujourd’hui comme depuis déjà quelque temps, je ne vous parlerai pas de ma vie sur le chemin, ni de ce qu’y vois, mais de l’expérience unique que j’ai pu ressentir dans un voyage-éclair sur Konya, ville tentaculaire et champignonesque au cœur de la Turquie … Car si de base je suis quelque peu « crazy », je l’ai été encore plus, le temps d’une soirée, pour faire plus de huit heures en car aller et retour pour gagner le berceau de Mevlana et de la culture soufie, avec en apothéose, le « Sema », spectacle-imprégnation de la danse des derviches tourneurs. Vous verrez, si vous avez le courage de lire jusqu’au bout, que tout y est codifié, interprété, symbolique, vivant, décapant. Car ce n’est pas un spectacle à voir, c’est vraiment à vivre, avec des « interprétants » (plus que des musiciens ou acteurs - danseurs ») qui nous font rentrer dans leur monde, dans leur voie, dans leur chemin vers le divin … Ce n’est pas un pèlerinage en ligne presque droite, c’est une démarche rotation sur soi-même … Rien que pour cela, le passage par Konya à la rencontre des « Mevlevis » devrait être … humainement obligatoire, tant elle semble logique, bien conçue et orchestrée, universellement adaptée à tout un chacun, croyant ou non, de toute religion, de tout courant de pensée, et / ou simplement … humain ! (ah, j’oubliais de vous dire que le « Sema » ou danse des Mevlevis – derviches tourneurs, est inscrit depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, par l’UNESCO. Notre liste s’allonge …) :


 La cérémonie des derviches - tourneurs
 
"Sema", la cérémonie de derviche de tourbillonnement, qui résulte de l'inspiration de Mevlana Celaddin-i Rumi (1207 - 1273), fait partie des coutumes, de l'histoire, des croyances et la culture turques. "Sema" comporte sept parties, dont chacune symbolise une étape du voyage mystique vers la perfection, appelée "l'Ascension" ("Miraç" en turc).
La science contemporaine confirme avec certitude que la condition fondamentale de notre existence consiste à tourner. Il n'y a aucun objet ou être vivant qui ne tourne pas, et ce qui est en commun entre eux est la révolution des électrons et des protons dans leurs atomes, lesquels sont les constituants de toutes les choses, depuis les particules les plus petites jusqu’aux astres dans le ciel. En conséquence de cette similitude, tout tourne dans l’organisme au moyen de la révolution dans ses atomes, à la fois dans les éléments structurels du corps, par la circulation de son sang, par son arrivée sur la terre et son retour, mais aussi dans sa révolution avec la terre lui-même.
Cependant, tous ces phénomènes sont des révolutions naturelles, inconscientes. Mais l'homme est le propriétaire d'un esprit et d'une intelligence qui le distinguent et le rendent supérieur à d'autres êtres. Ainsi, "le tourbillonnement des derviches" ("Semazen" en turc) pousse leur esprit à participer à cette similitude partagée, celle de la révolution de tous les autres êtres.
La cérémonie "Sema" représente un voyage mystique de la montée spirituelle de l'homme par l'esprit et l'amour pour atteindre "la Perfection" ("Kemal" en turc). D’abord assis sur une peau de mouton (représentant l’animalité de l’ego), ils se lèvent (pour montrer qu’ils quittent cette animalité pour se tourner vers la spiritualité, puis ils tournent … et c’est alors qu’en tournant vers la vérité, un groupe de derviches grandit par l'amour, abandonne son ego, trouve la vérité et parvient à "la Perfection". Et il revient ensuite de ce voyage spirituel comme étant un homme qui a atteint la maturité et une perfection plus grande, afin d'aimer et d’être utile à toute la Création et à toutes les créatures, sans distinction de croyance, de classe ou de race. Les derviches, avec leurs coiffures (représentant la pierre tombale de l'ego), leurs jupes blanches (représentant le linceul de l'ego), naissent spirituellement à la vérité en enlevant leurs manteaux noirs (représentant la mort de l’ego, dont ils se débarrassent ainsi) et ils voyagent et avancent vers la maturité spirituelle, en empruntant les étapes d'une cérémonie "Sema". Au début et à chaque étape de la cérémonie "Sema", tenant leurs bras en position de croix, ils représentent Dieu, le numéro un, et témoignent ainsi de l'unité de Dieu.
Puis en faisant tourbillonner, leurs bras ouverts, leurs mains droites dirigées vers le ciel et prêts à recevoir la bienfaisance de Dieu, regardant en haut, ils tournent leurs mains gauches vers la terre et, tournant de la droite vers la gauche, ils pivotent autour du cœur. Ceci est donc le chemin pour transmettre avec vigilance le cadeau spirituel de Dieu au peuple, que Dieu "voit selon un regard divin". Car en tournant autour du foyer, de la droite vers la gauche, ils embrassent avec affection et amour toute l'humanité et toute la Création.
La cérémonie "Sema" consiste donc en plusieurs parties ayant des significations différentes :
  1. Le « Sema » commence par une panégyrique "Nat-I serif" adressée au Prophète, Muhammad, lequel représente l'amour et tous les prophètes avant lui. Les louer permet de louer Dieu, qui les a tous créés.
  2. Cette panégyrique est suivie par un son de tambour, symbolisant la divinité du Créateur … "Kun=Be!".
  3. Alors suit une improvisation de musique instrumentale ("Taksim" en turc) en ayant recours à un instrument à vent avec anche fait en de roseau, appelé un "ney", ce qui représente le premier souffle, celui qui a donné la vie à tout : le souffle Divin.
  4. La quatrième partie est celle où les derviches se saluent et exécutent leur promenade circulaire trois fois répétée appelée le "Devri Veledi", le tout accompagné par de la musique appelée "Peshrev". Cette partie symbolise le salutation d'âme à l'âme, lesquelles sont dissimulées dans les formes et les corps organismes.
  5. La cinquième partie est le "Sema (le tourbillonnement), qui consiste en quatre saluts ou" Selams ". Au début et à la fin de chaque salut, le derviche témoigne de l'unité de Dieu avec son apparence :
    • a. Le premier salut est la naissance de l'homme dans la vérité, à travers le sentiment et l'esprit. Il représente sa reconnaissance complète de l'extase de Dieu, Lequel est vraiment le Créateur et son propre état d'être.
    • b. Le deuxième salut exprime le ravissement de l'homme, devenu témoin de la splendeur de la Création, devant la grandeur de Dieu et son omnipotence.
    • c. Le troisième salut est la dissolution du ravissement au sein de l'amour et ainsi le sacrifice de l'esprit dans l’amour. C'est la soumission complète; c'est l'annihilation de moi dans la personne aimée, dans Son unité. Cet état d'extase est connu comme étant "le Nirvana" dans le Bouddhisme et "le Fenafillah" dans l'Islam. Dans le Bouddhisme, ceci correspond à l'état le plus haut d'extase. Cependant, le rang le plus haut dans l'Islam est le rang atteint par le Prophète : il est appelé le serviteur de Dieu, et donc en cela son messager. Le but de "Sema" n'est donc pas l'extase intacte et la perte de pensée consciente, mais la réalisation de la soumission à Dieu.
    • d. Le quatrième salut : de même que le Prophète est monté "sur le Trône" et qu’ensuite il est retourné à sa tâche sur la terre, les derviches tourneurs, après la fin de leur voyage spirituel et leur montée, retournent à leurs tâches et à leur état d'obséquiosité. Ainsi les derviches tourneurs « sont des serviteurs de Dieu, de Ses Livres, de Ses Prophètes et de toute la Création … » (Sourate 2 [Al-BAQARAH (LA VACHE)], Verset 285). À la fin de leur salut, ils présentent à nouveau leur apparence caractéristique, avec leurs bras entrecroisés sur leurs poitrines pour représenter l'unité de Dieu, avec pleine conscience et pleine émotion.
  6. La sixième partie de la cérémonie "Sema" consiste en une lecture du Coran, et plus particulièrement du Verset : « A Dieu appartiennent l'Est et l'Ouest et partout où vous vous tournez, il y a Dieu. Il est Universel, Omniscient » [(Sourate Al-BAQARAH (LA VACHE)] , Verset 115).
  7. La cérémonie "Sema" s’achève par une prière pour la paix et les âmes de tous les Prophètes et tous les croyants. Et après l'achèvement de la Cérémonie "Sema", tous les derviches retournent silencieusement à leurs cellules pour la Méditation ("Tefekkür" en turc).

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