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Bienvenue sur mon blog !!! Son but : Marchons ensemble ! et avançons sans ampoules vers la Terre Promise

Association

L'association PAIX - EIRHNH - SALAM - SHALOM ("Paix" en Français, grec, arabe et hébreu translittérés) :

En quoi consiste-t-elle ?
Créée le 21 Avril 2011, cette association a pour but de promouvoir des actions concrètes de rapprochement entre les peuples, dans le cadre de la paix dans le monde et du dialogue inter-religieux.
Pour 2011, l'action principale consiste en "première mi-temps" à rallier à pied Bois-Guillaume à Jérusalem ... puis en "seconde mi-temps" à déposer dans une fente du mur des Lamentations tous vos messages de paix ... puis en "troisième mi-temps" de partager ensemble tous ces moments de rencontres sur la route !


Comment y adhérer ?
Si vous le souhaitez, vous pouvez apporter votre contribution [sans déduction d'impôt possible], à titre d'entreprise-sponsor ou de particulier-bienfaiteur, en envoyant un chèque libellé à l'ordre de l'Association PAIX-EIRHNH-SALAM-SHALOM et du montant que vous souhaitez à l'adresse suivante: chez Monsieur Benoît MOULIN, 344 Chemin de Clères, 76230 BOIS-GUILLAUME.
Cette contribution servira pour aider les personnes qui voudront bien accueillir sur le chemin ...


Le Blog et l'Anti-Blog :
Chaque jour (ou presque !!!) sur ces pages, vous retrouverez :
- Le blog du pèlerin,
- L'anti-blog du co-pilote, Amédée BOURAIN ainsi que la pensée de celles et ceux qui m'ont accueilli pour un soir !!!

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Les Colombes de la Paix !!!

mercredi 28 septembre 2011

Jour J + 144 : Adana => Ceyhan (52 kms - Total = 4845 kms)

Pensée Spirituelle
"Nous sommes l’Arc-en-terre,
Signe aussi pur que l’Arc-en-ciel."
(Guillaume APOLLINAIRE)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Rien, vraiment, ne se cache de Dieu de ce qui existe sur la terre ou dans le ciel."
(Sourate 3 [La famille d’imran], Verset 5)
 
 
Encore une fois aujourd’hui, des paysages à perte de vue, comme on n’en voit nulle part dans notre petit hexagone. Les montagnes de chaque côté de la route, à une bonne distance, une vraie haie d’honneur encadrant le tapis rouge mais pas très rouge et plutôt gris qui nous sert de chemin vers le plus loin ! Et par ci-par là, ponctuant notre route un peu comme les sphinx honorant le pèlerin vers le mausolée du grand-père Atatürk – rappelez-vous donc, à Ankara, femmes et hommes de peu de mémoire, à défaut de peu de Foi !. Ici ce sont les petits villages, disséminés sur leur parterre couleur de paille. Tout ressemble ici à une toile de ce cher Vincent Van Gogh qui avait dû venir ici lui-aussi ! Eh oui, je vous parle encore couleurs aujourd’hui, tant le paysage est merveilleux, un peu frisquette peut-être ce matin mais le bonheur n’est-il pas à ceux qui se lèvent tôt ? Et ce soleil omniprésent (tiens, Râ n’est pas qu’au bord du Nil ?) ! et ces nuages à la Boudin, ne sont-ils pas impressionnistes au possible ? Et ces paysans ramassant leurs pommes de terre comme dans un tableau de Millet, pourraient-ils être encore plus naturalistes? Et ces tout cela dans des délimitations de champs rappelant du Braque cubiste, qui finalement n’a rien inventé ! E ce sourire sur le bord de la route de ces femmes trimant sans compter l’effort, laissant découvrir par moments sous leurs foulards (appelés « turbans ») vu leur réserve, une possible parenté avec un des modèles de ce cher Léonard, vous savez, cette Mona-Lisa énigmatique ? et quand on arrive à l’approche de la ville, les poteaux électriques d’habitude si laids dans le paysage ne se prennent-ils pas soudain pour des stabiles (ben oui, des mobiles immobiles et stables, quoi !) de Calder ? … Oui, je pourrais aller plus loin, rechercher d’autres adeptes du nuancier de la palette, je suis tellement pris par cette douce harmonie champêtre que j’en oublie carrément … de sortir l’appareil photo du sac ! Tant pis, je garde tout cela de cette vision magique pour moi seul, je ne cherche finalement qu’à vous faire envie, devant autant de beauté naturelle. Vous êtes invités à cette union sacrée du ciel et de la terre ! et pour le vin d’honneur de cette réjouissance, devinez ce qu’ils vous proposent, nos amis autochtones : pas le champagne à sabrer, trop vulgaire … pas notre cidre fermier cauchois, trop saoulant sous le soleil de plomb, non … un petit chaï ! et vous en reprendrez bien un autre … et encore un … et encore un … Ah, du moment que la vessie tient le coup ! Ca y est, nous voilà suffisamment réhydratés pour atteindre la prochaine ville (pas dur à la trouver, c’est la première depuis ce matin, et pourtant les kilomètres ont bien défilé – ah, si jamais je poursuis le tour de la Méditerranée, je tenterais peut-être des étapes de 60 kms !), et c’est là que je vais pouvoir passer dans le « Nouveau monde », de celui de la sueur sur le front à celui de la cellule grise, de celui des gens, accueillants, intelligents et chaleureux à celui des gens « instruits » (quel gros mot !) et tout-aussi accueillants, tout-aussi intelligents et tout-aussi chaleureux, Suna et Lokman : eux qui sont finalement … tout-aussi turcs (et si après, vous ne savez pas définir ce qu’est un turc ou une turque, j’en perds les quelques mots que j’ai appris, moi !), tout-aussi pros du chaï et du bakgammon !

Jour J + 144 : Amédée


On se serait crus dans un appartement résidentiel d’une tour newlook de Floride, la mer en moins ! L’ascenseur, j’avais complètement oublié ce que c’était … En plus il y en a deux, et ils marchent ! Pas courant depuis le mois de Mai, ça ! Et puis, un petit salon-télé design spécialement pour notre nuitée ! Et puis, une cuisine hyper moderne avec des petits repas cordon bleu ! Et puis, des échanges chaleureux malgré une barrière de la langue, qui n’a demandé qu’à être franchie (et le passage de la rivière a été plus que réussi !). Mais Suna s’y met à ce foutu-anglais passeport international, aidée dans cette tâche par Lokman ! et moi, dans tout cela ? Eh bien, véritable béage en ces lieux reposants, je furète dans le super appartement, découvre des copines de jeu qui s’emboîtent et se déboitent allègrement, et que notre jeune couple a dû ramener de son récent voyage en Ukraine. Une super idée, tu ne trouves pas, Ben, pour les randonneurs ? Oui, réfléchissez-y bien à deux fois, fidèles lecteurs stationnaires. Parce que si d’aventure on déposait un brevet pour des nains de jardin gigognes, eh bien cela prendrait pas de place dans le sac à dos d’un pérégr’nain ! Et moi, je ne serais pas tout seul, j’aurais tous mes potes avec moi ! bon, je vais en parler à notre équipementier « dix + pas court » préféré !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Suna et Lokman  de  Ceyhan

Me voilà hébergé par un jeune couple ! Suna et Lokman sont mariés depuis … un an. Enseignants universitaires tous les deux (design de la mode pour Suna, mécanique pour Lokman), très pris par leur travail, ils pourraient avoir d’autres chats à fouetter que d’accueillir un pèlerin de passage … Seulement voilà, Suna et Lokman, ils … adorent voyager ! En Turquie comme à l’étranger ! et comme ils sont fonctionnaires, ils n’ont pas besoin de visa, leur passeport a la couleur spéciale … verte (tiens encore une couleur aujourd’hui, mais … pour une fois, voilà la Turquie égalitaire battue en brèche. Pauvre Atatürk ! car comme ils sont fonctionnaires, la sécurité de l’emploi et quelques avantages, … Mes hôtes bénéficient de ce régime de faveur … Et peuvent aller librement sans visa dans des pays à l’Ouest. Tant mieux pour eux ; mais pour les autres ?! Bon, allez, chanceux Suna et Lokman, peut-être pas très bien payés mais quelle importance finalement, avec de tels avantages … Et tant mieux aussi pour moi, car je peux vous dire que leur ouverture et leur modernité, elle se lit déjà dans leur appartement, lumineux, spacieux, moderne, accueillant pour qui profite des lieux et qui sait évoquer avec eux leurs différents périples ! Ainsi, l’Espagne, l’Ukraine, l’Italie, Paris, ils connaissent déjà … Chypre ce pourrait être pour cet hiver, le retour en France l’année prochaine ? Pourquoi pas, l’invitation est lancée … Seule contrainte pour eux, outre l’aspect financier (tiens donc !), ils n’ont que dis jours de congés l’été (et une semaine en hiver). De quoi se plaint-on dans notre France râleuse … Ainsi Suna qui vient d’Ankara et Lokman qui vient du Nord-Est du pays seront certainement parmi ceux de mes hôtes qui aiment, mais aussi qui ont cette chance de pouvoir vadrouiller … Et ils savent en profiter ! alors, que vive l’ouverture des frontières, la « normalisation » des délivrances de visas, la terre a bien été inventée pour tous, non ? En tout cas, quelle gentillesse, quelle hospitalité, quelle disponibilité et quelle discrétion de votre part ! Mais aussi, quel fairplay ! car, quand je leur mets une pâtée au « Tovla » (ben oui, le Bakgammon en turc !), ils disent rien, ils sortent juste la bouteille de vodka accompagnée du RedBull local, pour fêter cela ! Ah, les universitaires turcs, ils ne seront pas les derniers à nous surprendre toujours !
 
"We were very happy to meet you. We hope you to be successful in the way of Peace. See you in a world of peaceful and happy" (Suna et Lokman)
 (Nous avons été très heureux de te rencontrer. Nous espérons pour toi tout le succès dans ton chemin de la Paix. Nous espérons bien nous revoir dans un monde rempli de paix et de joie)

mardi 27 septembre 2011

Jour J + 143 : Taşobası => Adana (51 kms - Total = 4793 kms)

Pensée Spirituelle
"Le chef du troupeau est un animal comme les autres."
(ANI)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Alors, les Anges l'appelèrent pendant que, debout, il priait dans le Sanctuaire : « Voilà que Dieu t'annonce la naissance de Yahya, confirmateur d'une parole de Dieu. Il sera un chef, un chaste, un prophète et du nombre des gens de bien »."
(Sourate 3 [La famille d’Imran], Verset 39)


Notre Père … notre grand-père … notre chef … Me voilà donc presque arrivé au bord de la Méditerranée, il y avait longtemps que je l’avais quittée ! Déjà cinq semaines en effet que je randonne (si l’on peut dire) en Turquie. Que d’aventures, quel pays extraordinaire, sympathique, vraiment différent de ce que l’on peut découvrir en n’y venant qu’une semaine dans un hôtel, à Izmir, Bodrum ou Antalya ! Et finalement, quelle chance j’ai ! Cela recommence à faire bien chaud dans la journée, la végétation est plus présente, signes que l’influence maritime se fait sentir, et c’est tant mieux ! Car les paysages désertiques, c’est bien beau, mais d’une part ça manque de couleurs (ah, ce beige – ocre uniforme, il ne manque que les dunes pour faire Sahara). Mais en plus comme il y a plus d’habitants par ici, il y a plus de maisons, donc plus de routes, et donc pas uniquement cette deux-fois-deux-voies de malheur ! pas de bande d’arrêt d’urgence sur les petites routes, donc je ne m’arrête pas, je fonce, j’avance, j’ai bien envie de la revoir, ma mer !

Et je me pose la question : Comment la Turquie a-t-elle pu et peut-elle arriver si vite à entrer dans l’ère moderne ? … Et bien-sûr en conservant ses traditions ! une des réponses, elle est facile : grâce au « grand-père des turcs », ainsi affectueusement dénommé par tous (ou presque tous) les gens que je rencontre. J’ai nommé Atatürk ! Bien-sûr vous savez tous mieux que moi tout sur sa vie, sa carrière, son œuvre, son influence … Je ne vous ferai pas son portrait, il est affiché ou bustifié ou statufié partout, et puis, je vous rappelle qu’il y a Internet pour cela, mais c’est bien grâce à lui et à son charisme, additionné du fait que l’époque devait être propice, en ce début du 20ème siècle (le ras-le-bol du sultanat ottoman, j’oserai dire assez dictatorial, la défaite lors de la première guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne, l’humiliation des traités qui en ont découlé – dont celui de Sèvres –, la guéguerre avec les voisins grecs), bref, tout cela a entraîné la mise en place de la république turque en 1923 et toutes les réformes qui en ont découlé … Et finalement, quoi qu’on en dise, la Turquie a tiré son épingle du jeu, très vite et très tôt. Jugez plutôt, ont mises en place en moins d’une décennie un véritable bombardier de réformes : politiques (la nouvelle Assemblée nationale turque, l’abolition du sultanat, la proclamation de la République, l’abolition du Caliphat, …), sociales (l’égalité des droits de la femme avec l’homme et sa participation à la vie sociale et politique, les vêtements, … Mais aussi la mise en place du nom de famille, l’abolition des titres et surnoms), et de la vie de tous les jours (l’adoption de l’alphabet occidental adapté, du temps international, du calendrier et des nombres), et dans les domaines des lois, de l’économie (agriculture et industrie), de l’éducation, de la culture et des arts, … Une vraie lame de fond, un vrai tsunami peut-êre avec douleur, mais bien constructif … Bon finalement, pour le pèlerin qui traverse en bonne partie, le seul point inconvénient de cette « révolutions tranquille turque » en est … la radicale modernisation des routes ! Pas grave, en rentrant en France, « je me paierai … un GR ! ». Et me voilà arrivé dans une grande ville, Adana, pas de point de chute, pourquoi pas une petite auberge de Jeunesse ? Au moins, si je dois continuer à raconter par ci-par là mon aventure, il me suffit maintenant de montrer mon blog … Allez, il est tard, j’ai beaucoup marché, j’espère que vous ne m’en voudrez pas si je vous tire ma révérence et si je donne la parole à des « gagnants » des réformes grâce à Atatürk, j’ai nommé …. Özge et Yeliz, deux jeunes étudiantes, donc des femmes, rencontrées dans la coloc’ (encore elle) de Nidge, car particulièrement pour les femmes, Atatürk a été moderne et novateur (songez donc que c’est pas plus tard qu’hier jour pour jour que le roi d’Arabie Saoudite a signé un décret autorisant … le droit de vote aux femmes. Le « grand-père de tous les turcs » – aussi appelé de manière plus juste « celui qui est comme les ancêtres » – doit certainement se réjouir sous son mausolée, que j’ai pu visiter il y a quelque temps à Ankara, et qui est, il est vrai, particulièrement grandiose, impressionnant et respecté par ses visiteurs-vénérateurs (ce qui prouve s’il en était nécessaire l’attachement que lui vouent ses compatriotes : sujet à respecter et à ne pas plaisanter. Voilà enfin une unanimité politique qui fait bien plaisir ! – : Monsieur Atatürk, pour vous et pour tous vos compatriotes, pour ce mois de traversée inoubliable dans un pays aussi attachant et bouleversant en même temps que bouleversé, je ne pouvais que vous … rendre hommage !

Jour J + 143 : Amédée


Moi vous savez, l’histoire (dont turque), c’est déjà pas tellement mon truc (dont turc), mais en plus c’est toujours celle des grands hommes, et cela-même, je trouve que c’est un peu humiliant pour un nain ! d’ailleurs Atatürk, t’as fait plein de choses et plein de réformes, dont pour le sexe faible et les petites gens …, Mais t’as fait quoi pour les hommes de petite taille, hein ? Alors moi, ce que je garde comme souvenir de toi, c’est bien ton « allée de lions », peut-être un peu pompeuse (mais c’est pas toi qui l’a choisie, peut-être, t’étais mort depuis quinze ans quand on l’a construite), paraît-il un peu anatolienne à l’image du pays, mais peut-être aussi un peu égyptienne (mais non, t’as pas été pharaon !) menant à ton mausolée, dans la capitale. Eux, aux moins ces lions, ils ont beau être nombreux, ils font parler d’eux mais ils savent rester discrets, ils ont rien médit de moi (quelle dommage d’ailleurs qu’Esope et la fontaine ils n’aient pas écrit une fable, celle « du lion et du nain », ça vous en aurait bouché un coin et ça vous aurait servi de leçon, gens de peu de respects, à défaut de peu de foi) !.

».Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Özge et Yeliz  de  Nidge

Bon, je ne vais pas vous mettre les femmes à toutes les sauces, elles ont déjà eu leur heure (et même leur journée) de gloire dans ce blog, il n’y a pas longtemps … M’enfin, en songeant à toutes vos questions légitimes – qui rejoignent les miennes – sur la sécurité ou la non-sécurité pouvant se présenter dans quelques kilomètres (un clin d’œil particulièrement chaleureux à celles et ceux qui se sont exprimé sur ce point – n’est-ce pas, le duo de choc Christine et Yves –, mais aussi à tou(-te-)s les autres plus silencieux mais tout aussi inquiets) [et j’en profite pour vous dire que je ne prendrai aucun risque avant la Syrie ou pendant ; qu’on se le dise], eh bien, pour détendre s’il en est nécessaire ce sujet préoccupant à défaut d’être brûlant, Özge et Yeliz, nos deux jeunes étudiantes, elles ont lu dans le marc de café turc que j’ai bu, et, en vraies professionnelles, au moins en vraies devineresses convaincues de leur science, elles ont vu … que tout allait bien se passer, alors on y croit ! non, réellement, « on va faire gaffe », « on va voir et prévoir plus loin que le bout de son nez », « on va rester prudent », et en même temps, « on va essayer de faire confiance » … et du coup, « on verra bien » – d’où un certain réalisme sans optimisme ni pessimisme – (d’ailleurs, pour mémoire, il peut arriver n’importe quoi à n’importe quel endroit même sans prendre de risques, malheureusement, cela me rappelle – et peut-être que cela vous rappelle aussi – quelque chose à moyen terme …).

Bon alors, Özge et Yeliz, ces deux copines de fac de l’étudiant coloc’, elles ont tellement insisté pour écrire aussi l’autre jour dans le livre de bord du pèlerin de service … et ce dernier a bien dû (et a bien voulu) leur allouer cette faveur (à moins que ce soit en toute légalité : va falloir que je demande un jour à Atatürk si cette autorisation-là, il l’avait aussi prévu dans ses réformes …) :

"Everything was very fun and beautiful… another language, another culture, but common fun, common sharing... I was very happy for meet you. I’m glad that I meet. Everything for PEACE" (Yeliz)
(Toute notre rencontre a été très drôle et très belle … une autre langue, une autre culture, mais le même amusement, les mêmes réjouissances … J’ai été très heureuse de te rencontrer. Que tout se fasse pour la PAIX)

"I was very happy for meet you. Thank you very much for the photos. Thank you for your speech prepared for me in the video. welcome again. Everything for PEACE" (Özge)
(J’ai été très heureuse de te rencontrer. Merci beaucoup pour les photos. Merci pour le petit discours préparé à mon intention dans la vidéo. Bienvenue pour bientôt. Que tout se fasse pour la PAIX)

lundi 26 septembre 2011

Jour J + 142 : Pozanti => Taşobası (53 kms - Total = 4742 kms)

Pensée Spirituelle
"L’effort qu’on fait pour être heureux n’est jamais perdu."
(Emile-Auguste CHARTIER, dit ALAIN)
 
Péricope Coranique
"Quiconque désire [la vie] immédiate, nous nous hâtons de [lui] donner ce que Nous voulons, à qui Nous voulons. Puis, Nous lui assignons l'Enfer où il brûlera méprisé et repoussé. Et ceux qui cherchent l'au-delà et fournissent les efforts qui y mènent, tout en étant croyants ... Alors l'effort de ceux-là sera reconnu. [Car] Nous accordons abondamment à tous, ceux-ci comme ceux-là, des dons de ton Seigneur. Et les dons de ton Seigneur ne sont refusés [à personne]."
(Sourate 17 [Le voyage nocturne], Versets 18 – 20)
 

L’effort : c’est vrai que cela un fait un bout de temps maintenant que je suis parti … C’est vrai aussi que cela commence par moments à peser, avouons-le. Car même si cette marche se fait « toute seule », cela demande « un peu » d’effort physique, ne le nions pas ! Et puis, ce déracinement, peut-être même par moments cet isolement, ils nécessitent par certains côtés des efforts pour les surmonter en arrivant à trouver quelque part une certaine stabilité … Et puis, ces rencontres toujours nouvelles et si riches, il faut sans cesse faire aussi un autre effort, celui de se mettre à l’écoute de l’autre, de sa vie, de ses interrogations, de ses espoirs et de ses richesses, voire même de ses incompréhensions (et des miennes), souvent linguistiques, parfois pragmatiques … Et là, je ne vous parlerai pas des efforts gastronomiques, toujours aussi pimentés et sucrés, des efforts pour savoir quel jour on est (ça, ça devient peut-être le plus dur !), des efforts pour se projeter dès maintenant dans le proche avenir qui commence à approcher … à grands pas ! Ajoutons-y les efforts pour remplir le blog, assortis des efforts que vous faites pour me suivre (et c’est là que je vous associe : cela demande certainement de votre part un effort … surhumain) …

Mais tout cela, est-ce de l’effort ? car c’est finalement bien positif, puisque cela va mener à quelque chose. Et dès maintenant, quelle richesse pour le ciboulot et pour cette espèce de truc défini déjà de tout temps par les philosophes et que je qualifierai par le terme générique de « âme » ! Aujourd’hui donc, j’ai pu progresser grâce à tous les efforts fournis hier … Et demain je pourrai progresser grâce à tous les efforts fournis aujourd’hui (mais demain sera un autre jour il est vrai !). En tous cas, aujourd’hui encore, comme hier et comme demain d’ailleurs, ça vaut bien le coup de faire quelques efforts pour autant de plaisirs et de bons moments, non ?

Allez, ENCORE UN PETIT EFFORT de votre part, j’illustre mon propos. Je vous dirai que les hommes, les turcs, ils sont extrêmement ouverts et sympas, mais … ils n’ont pas dû faire l’effort de prévoir – ou même depuis de compter – le nombre de kilomètres entre leurs villes (ça peut servir, au moins pour le pérégrin) avant de bâtir ces dernières … ils y ont même mis quelques fantaisies … Alors pas évident, et même un sacré effort, ces plus de dix heures de marche … Mais bien obligatoires, si je veux trouver un arrêt de bus, lequel va me permettre de trouver le repos (rappelez-vous, je retourne à la colloc’, ce soir)… Vous me direz qu’à ce stade, j’ai fini de marcher et je n’ai plus d’efforts à fournir … Mais si vous y regardez à deux fois, c’est loin d’être fini, il y a encore plein d’efforts à fournir par moi et par les autres, pour que je puisse le trouver, ce repos bien mérité (non ?) et finir ma journée sans effort. Il va falloir, par exemple, que je fasse l’effort de traverser la route, puis l’effort d’attendre le bus, l’effort de faire signe au chauffeur du dit-bus pour lui demander de permettre à son bus de faire l’effort de s’arrêter, c’est alors que ce chauffeur de bus va faire l’effort de me comprendre … puis d’arrêter son bus et qu’enfin le bus va donc faire l’effort de s’arrêter. Un fois le bus à son arrêt ( ?), au tour à nouveau du chauffeur de faire l’effort d’appuyer sur ce bouton qui a fait l’effort d’être près de lui. Ce qui va permettre à la porte de s’ouvrir, laquelle porte va faire l’effort de s’ouvrir, et moi je vais faire l’effort de monter, de m’asseoir et de payer (ça au moins, c’est pas trop hard, ils ne pas chers les bus par ici !). Du coup c’est au préposé de le faire, cet effort de venir vers moi, de me demander quelques pièces et de me rendre ma monnaie pour retourner ensuite s’asseoir (à moins qu’il ne fasse l’effort de rester debout …). Il va alors me falloir faire l’effort de ne rien faire et d’attendre là assis sur le coffre de la boîte de vitesses pendant que le bus roule (avec quelque effort !). Puis je ferai l’effort à un certain moment d’appuyer sur un autre bouton près de moi pour demander l’arrêt. Le chauffeur fera les efforts successifs (c’est là que cela se complique !) de comprendre et d’appuyer sur la pédale de frein. Le bus fera l’effort de s’arrêter, le chauffeur fera l’effort d’appuyer sur le bouton près de lui pour permettre que la porte fasse l’effort de s’ouvrir (et à ce niveau de l’histoire, permettez-moi donc de passer maintenant sur tous les efforts que vont faire le chauffeur, le bus, la porte, les boutons – tous turcs, donc tous prêtes à faire des efforts –, … pour repartir) … Mais moi en tout cas, je vais encore devoir faire l’effort de me lever, de descendre du bus, de marcher un peu pour regagner pour une seconde nuitée mes copains de la coloc’, de sonner et d’entrer chez eux, non sans avoir oublié de faire l’effort de défaire mes chaussures avant d’entrer. Puis je ferai l’effort de pénétrer dans le salon et de m’avachir sur leur canapé … Et là, eh bien, je ne ferai plus trop d’efforts ! je me contenterai d’écouter et de partager la vie de mes coloc’s, eux qui font l’effort de me permettre de partager leur coloc ! Vous voyez, ce petit exemple pour montrer que c’est rien, finalement, le fait de marcher un peu, beaucoup, passionnément, à la folie peut-être … , c’est tout juste un peu d’effort, et puis c’est pas du tout épuisant … Mais pour moi comme pour vous, rien que le simple fait de prendre un transport en commun (mais peut-être n’en prenez-vous jamais – Pensez alors à tous les efforts que font votre voiture ou votre vélo, à moins que vous marchiez toute la journée – sans efforts –), tout le monde fait des efforts, moi, je n’en fais pas plus que vous, ce sont tout juste mes pieds qui en font … un peu … pour résumer ma démonstration, d’une part on en fait sans arrêt, des efforts, et puis d’autre part, ça vaut le coup de faire des efforts, non ? ainsi les turcs … pensez donc à Hüsnü, mon troisième larron de la coloc’, celui qui fait des efforts pour étudier encore à l’Université avec son copain Sefa, lequel fait le même effort, tous deux faisant l’effort … d’être copains !

Allons maintenant nous reposer, après tant d’efforts. Nous pourrons ensemble dire sans efforts que tout cela nous fait tous progresser … et qu’ainsi, nous allons être de plus en plus beaux … et forts !

Jour J + 142 : Amédée


Allez Ben, t’as bien marché aujourd’hui, tu t’es quasiment pas arrêté, t’as pas pris de photos, c’est un peu toujours la même route, le même paysage, les mêmes constructions, les mêmes gens, les mêmes cafés, le même chaï, encore un p’tit effort, on est presque arrivés, à la destination finale ! Moi, ce soir, je reste sous ma couette, ça me demande déjà un sacré effort d’ouvrir mes paupières pour vous saluer bien bas et vous sourire, en vous affirmant que la position horizontale, il n’y a que cela de vrai ! Ici, vous auriez vraiment dû faire l’effort de venir, ça vous pouvez le regretter, car on passe une super soirée, ce soir ce ne sera même pas une partie de cartes (ça demande trop d’efforts), on se contentera de rester tous ensemble sans efforts à refaire le monde (mais là, il y a peut-être pas mal d’efforts à fournir, on va même peut-être avoir besoin de vous, on fera l’effort de vous le demander …). En tout cas, que vivent les turcs, que vivent ceux qui font des efforts, ceux qui restent assis toute la journée à la terrasse d’un café comme ceux qui (re-)font les routes, ceux qui construisent, ceux qui qui instruisent, ceux qui restent assis si longtemps toute la journée sur des bancs d’école ou d’Université pour préparer la Turquie et le monde de demain, et pourquoi pas aussi (sujet de prédilection de Ben et de ses interlocuteurs tous les soirs, suite à des questions de ces derniers) l’Europe de demain ! alors que Ben et moi, on n’en fait pas trop des efforts, c’est tout droit, c’est pas loin d’être tout plat, il suffit encore par ici de suivre toute la journée la bande d’arrêt d’urgence ! Allez, les copains étudiants, si jeunes et si dynamiques, si positifs et si rigolos, vous qui faites l’effort de trouver que ma présence béagement amédéenne n’est pas trop ridicule et que la présence benoîtement envahissante du « crazy-walker », comme vous dites si bien, vous semble profitable, vous qui, il faut bien le reconnaître n’avez pas trop fait d’efforts pour apprendre l’anglais à la High School mais qui vous vous rattrapez maintenant en faisant l’effort de taper sur les touches de votre ordinateur à la page traduction turc – anglais de Google pour que Ben et vous, vous puissiez faire l’effort de vous comprendre, on vous dit bravo et bonne chance (et d’ailleurs, il sera certainement marqué sur vos bulletins scolaires à la fin du semestre : « poursuivez vos efforts ! »). Bon, moi, en attendant, ce soir, j’ai enfilé mes charentaises, enfin celles que Hüsnü, il a donné à Ben, mais je lui ai piqué, parce qu’elles me vont vachement bien et qu’elles sont assorties à mes habits !!! Allez, bonne nuit les petits, le marchand de sable va passer, on vous dit, sans aucun effort de notre part : merci Hüsnü et Sefa !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Hüsnü et Sefa  de Nigde

Hüsnü, il a de la chance de loger ici, à la coloc’. Bon, la location de l’appart, divisée par trois, cela ne coûte pas bien cher à sa famille, mais en plus il est mieux ici qu’au dormitory de l’Université ! Il a de la place, son indépendance, des supers flat-mates, et même la possibilité de faire venir plein de copains (et de copines, mais pour cela patientez-donc encore un peu !). Je vais vous dire, ici, cela ne désemplit pas, l’auberge, si elle n’est pas espagnole, elle est anatoliennement turque, et c’est encore mieux ! D’ailleurs, il y en a plein, des étudiants, donc des Universités, ici comme dans le pays, préparant une nouvelle jeunesse, une nouvelle force active … Bon d’accord, ils doivent bosser (un peu ?), mais ils pensent aussi à s’amuser (ça c’est sûr !), les potaches, et à bien rigoler, mais aussi à écouter et à comprendre l’autre ! Et là, j’avoue que je reste baba devant tant de service et de gentillesse, et tant d’entraide entre tous ces copains de fac (la matière : mathématiques fondamentales, aïe) et avec les autres !. Et puis son copain Sefa, l’amuseur de service, toujours présent et toujours là pour faire rire, il ne passe pas inaperçu, lui non-plus. Comme le dit Ural, mon pote Couschsurfing, ma présence et mon expérience leur apportent certainement quelque chose de nouveau, mais c’est – mathématiquement ! – réciproque ! Alors voilà, une fois encore cette incursion dans le pays de la convivialité pour tous les âges laissera sa trace indélébile, celle de la rencontre sans façon et sans … effort ! :

"You are a good person, you meet is very pleased to be assisting the target. We wish you success, in Allah – Cella Calalu" (Hüsnü)
(Tu es quelqu’un de bon, te rencontrer et d’assister à l’évolution de ton projet est très plaisant. Nous te souhaitons tout le succès, par Allah – le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux)

"Je suis heureux de t’avoir rencontré et de me donner cette opportunité. J’espère ne jamais oublier cela et de nous rencontrer à nouveau pour la Paix" (Sefa)

dimanche 25 septembre 2011

Jour J + 141 : Hasangazi => Pozanti (32 kms - Total = 4689 kms)

Pensée Spirituelle
"Quelle magnifique cohabitation qui fonctionne bien entre Chirac et Jospin ! Notre premier ministre sous les jets de pierre en Palestine : il y en a un qui n’a plus de cheveux sur le caillou et l’autre qui a encore des cailloux sur les cheveux !."
(Laurent RUQUIER)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Et il fut dit par Moïse à son peuple : « Cohabitez ce lieu et mangez [de ses produits] à votre guise, mais dites : rémission [à nos pêchés] et entrez par la porte en vous prosternant. Nous vous pardonnerons vos fautes. Et aux bienfaisants (d'entre vous,) Nous accorderons davantage."
(Sourate 7 [Al-Araf], Verset 161)


Encore un drôle de sujet, après celui de la religion et après celui des femmes : celui de la « Cohabitation » ! mais don’t worry, rassurez-vous, à sept mois de la présidentielle, alors que vu d’ici la France, c’est pour les turcs encore et toujours les mêmes questions : Sarkozy et ses challengers d’une part, Carla et son bidon d’autre part, et encore et toujours DSK et son Sofitel … Je ne l’aborderai pas sous cet angle ; triste spectacle en effet que la toile web donne comme image en pâture au monde entier … J’en arrive presque à regretter, face aux questions qui me sont posées, ne m’être jamais intéressé au football, autre image de prédilection par ici ! Non, la cohabitation, c’est ce qu’ont dû vive pendant des siècles les moines de ce petit monastère troglodytique que je vais visiter avec mes nouveaux compagnons dans l’après-midi … C’est aussi déjà ce pèlerin qui marche et qui investigue le pays – donc moi-même aussi – qui rencontre ses habitants pour des expériences partagées, c’est aussi le Ben accueilli le temps d’un soir dans une oasis d’un genre très actuel ! Du côté de la marche, me voilà maintenant sur les hauts plateaux, plus trop de cheminées de fées, plutôt par endroit de gros rochers diaboliquement dangereux quand ils tombent sur la route … Je commence à tracer à grands pas, l’étape du jour sera très courte, et la seule ville traversée sera celle de l’arrivée de l’étape : Pozanti où rien ne se passe, décidément, pas plus que dans le désert – steppe traversé depuis hier, dans laquelle elle semble avoir été artificiellement construite … Probablement, devant aussi peu d’étonnement de ma part, suis-je tellement devenu un réel co-habitant de cette Turquie pacourue aujourd’hui depuis un mois, à tel point que les choses ne me surprennent plus autant qu’il y a quelques semaines. Voilà tout juste ce qu’en dit Wikipédia : « Pozantı est une ville et un district de la province d'Adana, dans la région méditerranéenne en Turquie ; une autoroute moderne la traverse. Le seul monument historiquement intéressant dans la ville consiste en l’ensemble formée par la mosquée et la fontaine du général ottoman Cemal Pasa, bâti en 1919 et maintes fois restauré depuis … ». Ca vous renseigne, non ? et peut-être que comme moi, cela vous donne envie d’aller voir ailleurs ce soir ? Eh bien tout est prévu dans ce voyage finalement pas si mal organisé que cela … C’est un peu comme à l’école, comme je finis de bonne heure, j’ai le droit à une récréation, aucune perte de temps, je prends un bus semi-local pour une bonne petite quarantaine de kilomètres, à peine le temps de me retourner que je débarque déjà à la gare « Otogar » de cars de Nidge, pour reprendre illico-presto un bus encore plus local … et c’est là que je vais découvrir « Toki » de Nidge, et ses heureux … colocataires ! (il faut vous dire que j’avais cherché hier désespérément cette « ville » sur Internet hier pour la localiser, j’avais obtenu des centaines de réponses bizarres, une explication s’impose : je croyais donc que c’était le nom d’une ville à côté de Nigde, c’est un conglomérat de plein d’immeubles pareils des « T.O.K.I. » initiales signifiant « zone HLM », abritant ici plus de 5000 habitants d’un coup, au beau milieu de nulle part, à plus de dix kilomètes du centre-ville, heureusement bien desservi par les transports en commun ! il y en a donc deux ou trois à Nidge, des TOKI, et pareillement partout, c’est cela la Turquie actuelle) … En tout cas, là une fois de plus, je sens que je vais vous rendre jaloux par la merveilleuse rencontre (qui fait que j’y passerai deux nuits, entrecoupées une fois de plus de trajets en transports en commun encadrant l’étape de demain !. Mais ceci sera une autre histoire). Une après-midi de rêve se passe, rencontre de joyeux drilles autour d’un petit-déjeuner à 14h00 ( !), visite du monastère troglodyte d’Eski Gümüs (celui de la photo, entièrement creusé et sculpté dans le tuf, n’a rien à envier à ceux de Göreme, cars de touristes en moins. Fleuron des édifices des Xe et XIe siècles, réparti autout d’une immense cour elle-aussi creusée dans le roc patiemment par l’homme, Eski Gümüs hébergeait une trentaine de moines. Ses fresques (où se mêlent des scènes religieuses – dont de la vie du Christ –, des scènes de la vie profane, et des représentations de fables d'Esope) incarnent un style byzantin monastique qui se répandit dans une vaste aire géographique. Puis c’est direction la vielle ville de Nigde, sa célèbre mosquée (sur laquelle on détecte une représentation énigmatique d’un visage féminin au-dessus de la porte d’entrée – de telles représentations sont pourtant interdites dans l’Islam, est-ce un clin d’œil de l’architecte de l’époque ? bizarre … – et son micro-château. C’est intéressant, et même beau, mais combien est préférable la visite de l’appartement de la bande des trois – jamais moins, toujours plus avec ses visiteurs arrivant de partout – : je nomine, Ali, Üral et Hüsnü !

Jour J + 141 : Amédée


Bon une fois de plus, « on » aime bien me sortir du sac uniquement pour « me » montrer, on rigole bien de moi, mais rapidement on me fait participer, et même en peu de temps, je fais partie de la colocation … Alors je ne veux pas déranger, pendant que les humains ils jouent aux cartes (cela ne doit pas être trop difficile ce jeu, parce que, même si les règles évoluent sans arrêt au gré de tous, Ben, il a vite compris) … Moi, je préfère jouer au backgammon (le « tovla », en turc), pour une fois que Ben il ne le monopolise pas ! Allez, on ne va pas consacrer la seule soirée à toute cette bande de joyeux drilles, ils sont trop nombreux, on va y aller en plusieurs temps : Pour ce soir, merci à vous « les deux de la vie active de la coloc’ », bravo pour votre micro-société réussie, où se mêlent très jeunes et un peu moins jeunes, actifs et étudiants, originaires de tout le pays. Au moins, cela laisse supposer que si l’on s’en donnait la peine, cela pourrait aussi bien marcher à taille humaine plus grande !!! merci Ali et Ural !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Ali et Ural  de Nigde

Honneur ce jour aux deux travailleurs de la coloc’ : Ali, il est le plus ancien ici, il est même considéré comme le boss … Comme Ural, il est « lecteur » (comprenez enseignant) dans une école genre BTS … Il va bientôt certainement quiller la coloc’, faire son année de service militaire, et puis … se marier. Tous nos vœux ! Ali, il est super calme (comme tous d’ailleurs !), on peut même dire que les partenaires d’Ali, ils ont bien la chance, on ne peut trouver un « logeur » aussi idéal ! Autre occupant donc  : Ural, c’est vraiment « mon » interlocuteur, c’est par lui (il est le seul à parler anglais) et grâce à Couchsurfing que le contact a été noué … Bon, au départ, c’est vrai que c’est par lui que tout passe, mais après quelques temps, on y arrive ! Ural, il a 33 ans, originaire de Bulgarie où il a vécu jusqu’à l’âge de 11 ans, puis sa famille est venue en Turquie du côté de Terkirdag ( vous situez ? on y est passé il y a trois semaines, c’est à l’Ouest d’Istanbul, non mais …). Puis il a fait toutes ses longues études universitaires à Manchester en Grande-Bretagne, et il est revenu en Turquie pour faire son service militaire et enseigner l’électronique dans cette université (car le gouvernement turc, qui l’a « aidé » lors de ses études lointaines, l’attend forcément au tournant …). Et Ural, il a plein de projets pour occuper ses journées en dehors de son emploi du temps pas si mal fait que cela : du sport, des randonnées – il m’a même aperçu, me dit-il, il y a quelques jours dans la vallée rouge à Göreme, sans savoir que j’allais débarquer peu après chez lui !), des sites Internet, des déplacements à l’étranger (au moins, lui, il a pérégriné, peut-être pas à cheval, mais en tout cas à pied ou en voiture !). Et avec lui, plein de discussions intéressantes, toujours le pays, la politique, la religion (voilà-t-il pas qu’il me demande où Abraham serait mort ?!), mais aussi la vie en général, la sérénité, les engagements … Bon, pour le troisième larron (précisons quand-même qu’il n’y en a ni bons ni mauvais larrons dans cette aventure, pas plus que de crucifié !) : Hüsnü, il vous faudra attendre demain ! mais quelle cohabitation (rencontre inédite dans mon périple) réussie ici, quelle positivité partagée dans le respect de l’autre ! On est loin de certains égoïsmes ou de certaines égocentricités hexagonales ! Et puis, au cœur de cet appartement dans cette Toki, tout semble serein dans le fonctionnement, la cuisine, la vaisselle (même pas le droit de la faire …), mais aussi les repas, les visites, les amis ! Ah, si la terre entière pouvait fonctionner de même, on serait … en Paix, mon ami ! :

"You are a very happy person, and your happiness radiates all around you to all of us. From all the guests we had, you made us happiest. We would like to see you again. All the best wishes with your adventures and your future life" (Ali)
(Tu es quelqu’un de très joyeux, et ta joie rayonne partout autour de toi et vers nous. De tous les invités que nous avons eus, tu es le plus joyeux. Nous espérons bien te revoir à nouveau. Tous nos souhaits dans tes aventures et dans la poursuite de ta vie)

“ Hello ! I like your story. You have so lot to tell. I wish you the best in your travels and I hope you find the peace and the place you are looking for : Peace !" (Ural)
(Hello ! j’aime ton histoire. Tu as tant de choses à raconteur. Je te souhaite tout le meilleur dans tes voyages et j’espère que tu trouves la paix et la place que tu recherches : Paix !)

samedi 24 septembre 2011

Jour J + 140 : Acikuyu => Hasangazi (45 kms - Total = 4657 kms)

Pensée Spirituelle
"Hier, on respectait les aînés, aujourd’hui, on valorise les jeunes, demain, on redécouvrira les vieux."
(Agnès ABECASSIS)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le tout Miséricordieux, le très Miséricordieux. Dieu, c'est Lui qui vous a créés faibles. Puis après la faiblesse, Il vous donne la force. Puis après la force, Il vous réduit à la faiblesse et à la vieillesse. Il crée ce qu'Il veut et c'est Lui l'Omniscient, l'Omnipotent."
(Sourate 30 [Les Romains], Verset 54)



Les différents étages d’une ville… Les différents âges de la vie, drôle de rapprochement, non ? … C’est curieux, j’y ai pensé cette nuit, je pense de plus en plus aux gens, et peut-être aussi de moins en moins aux paysages et aux monuments. C’est certainement cela, la grande découverte de mon voyage … Et peut-être le ressentez-vous dans ma prose ? Bon c’est vrai, mais en même temps, j’en profite pour faire des petits ( ?) détours par ci-par là, afin de voir ce qui en vaut le coup, en même temps que de rencontrer qui en vaut le coup aussi … Dans le premier cas, il m’a suffi de consulter le site des monuments classés patrimoine mondiale de l’humanité par l’UNESCO, une fois de plus, pour faire quelques kilomètres de plus et voir Derinkuyu ! Joli nom chanteur, me direz-vous, ça fait un peu chant d’oiseau … Mais d’oiseau, il y a peu de chances que vous en trouviez, en ce lieu, et vous comprendrez un peu mieux pourquoi si je vous dis que ce mot turc signifie « puits profond ». Située en Cappadoce, Derinkuyu est connue pour sa cité souterraine, la plus grande de Turquie, et datant de l'époque paléo-chrétienne. Ce qui est donc à voir, ce n’est pas la ville aérienne, moderne si l’on peut dire, mais c’est tout simplement une « cité souterraine » … Une petite description s’impose, non ? Cela vous fera visiter et vous m’accompagnerez ainsi dans ma visite auto-guidée (comme s’il n’y avait personne sur ce site aujourd’hui, lol !). Cette cité pouvait être fermée de l'intérieur par de grandes meules circulaires faisant office de portes, qui avaient un diamètre de 1 m à 1,50 m, une épaisseur de 30 à 50 cm et un poids de 200 à 500 kg. Un véritable abri anti-atomique avant l’heure ! et chacun des onze ( !) étages pouvait ainsi être fermé séparément, protégeant l'espace intérieur qui était organisé autour de 52 cheminées d'aérations, qui, pour quatre d'entre elles, atteignaient une profondeur de 100 mètres et servaient également de puits (qui constituaient un point faible dans le système de défense. Devant la difficulté de s'emparer de telles cités, certains envahisseurs tentèrent de les empoisonner). Comme les autres cités du même genre, celle de Derinkuyu comportait des lieux de culte – dont une église cruciforme –, des pièces de stockage, des étables ou des bergeries, des pressoirs à vin et à huile, des cuisines, des réfectoires, mais aussi une medersa (école religieuse). Combien de personnes y vivaient ? les historiens divergent : jusqu’à 50.000 ? mais quelle idée de vivre ainsi comme des taupes … Cela s’explique : tous ces aménagements et la grande dimension de la cité étaient conçus pour accueillir 10.000 personnes en moyenne pour de longues durées, car il est généralement admis que la cité de Derinkuyu, datant de la domination phrygienne (VIIIe siècle avant notre ère), puis agrandie progressivement au début de la période byzantine – tout ce qui y a été retrouvé date au plus tôt du Ve siècle après Jésus-Christ, avec les vestiges les plus récents datant du Xe siècle – a servi … de refuge aux premiers chrétiens grecs, face aux persécutions de l'Empire romain (cela vous dit quelque chose, l’édit de Dioclétien en 303 ?) puis, à partir du VIIe siècle, face aux raids des Omeyyades et des Abbassides. Je ne vais quand même pas y passer toute la journée, de toute façon on ne peut en visiter que le dixième, descendant tout de même sans ascenseur au huitième étage, à une profondeur d'environ 85 mètres ! bien-sûr beaucoup trop de visiteurs, des embouteillages à chaque tunnel, des signes certains de claustrophobie pour pas mal de monde ! que de générations ont dû vivre ici comme des musaraignes dans le noir, parait-il jusqu’à plus d’un an de cohabitation forcée entre toutes les générations, sans avoir le choix si ce n’est celui de … bien s’entendre ! Et c’est un peu ce que je ressens aussi, dans le petit village où je vais m’arrêter un peu plus loin. Une certaine pauvreté, une pauvreté certaine, tous les âges cohabitant, pas de distractions occidentales pour les jeunes, les plus vieux restant toute la journée assis sur leur chaise au bord de la rue, devant chez eux ou à la terrasse du café … Un seul actif, Yuk, travaillant à désherber le caniveau, vraisemblablement pour donner un peu plus d’herbe à ses quelques bêtes, car il est pauvre, Yuk, pauvreté matérielle … Mais il est riche aussi, avec son sourire et son accueil venu du fond de son cœur, dès qu’il m’a vu arriver … Tant pis pour le mur linguistique, je vais en faire là-aussi l’expérience, de ce monde du silence, un peu comme au fond de l’océan à la Cousteau, un peu aussi comme au sein de la ville souterraine, loin des réalités et de la fureur du monde. Chez Yuk et dans son village, il ne se passera pas grand-chose ce soir, ce sera le même vide de décibels qu’au huitième étage de Derinkuyu, mais je vais avoir tout ce qu’il me faut pour subsister et me reposer … sereinement …

Jour J + 140 : Amédée


Quelle journée … Il paraît que Ben, il a passé une partie de la journée dans le silence et le noir, au fond de sa ville ! Au moins, il va savoir ce que ce c’est pour moi, quand je reste des journées entières au fond du sac (et c’est pour cela que je n’ai pas voulu y aller, dans ces puits, trop dur, avec mes petites jambes et mon âge canonique et arthrosique avancé), surtout quand il m’oublie … Tiens donc, par une curieuse association, même silence chez Yuk et sa femme Fatima, aussi discrète qu’invisible … Mais qu’ils ont été bien gentils , malgré la même impression que si j’avais mis des boules Quies. Car ce n’est pas ce qui est le plus important, dans ce petit village loin de tout. Ils ont l’air d’être bien intégrés, Yuk et Fatima, même sans parler beaucoup, et malgré leur grand âge … Ils vieillissent bien chez eux, pas de maison de retraite ici ! Bon, je dois quand même vous avouer que la musique a commencé à me manquer au bout d’un moment, alors j’étais tout content lorsque j’ai vu dans leur salon un poste de radio. Je me suis dit que cela mettrait un peu d’animation … Mais le poste il doit être aussi vieux que Yuk et Fatima … Ou alors, la prise de courant elle n’est pas alimentée. La musique était bien silencieuse ! ah, le monde du silence, finalement ça concerne toutes les générations, tous les étages de la vie, tous les étages de la ville. Et finalement c’est loin de faire du mal, de temps en temps ! Pour cette découverte archéologique comme ethnologique, merci Fatima et Yuk !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Fatima et Yuk  d'  Hasangazi

Je sors de ma ville, je marche un peu, à l’ombre, j’arrive dans ce village, un vieil homme bien habillé s’occupe à sarcler à son rythme le bord de la route, il me regarde et me sourit, je le regarde et je souris, c’est Yuk ! et après, même pas besoin de passer par le café, tout de suite je prends un chaï chez eux, et je ne sortirai quasiment pas de leur maisonnette ce soir … Evidemment, la rumeur court, plein de monde débarque et franchit leur seuil ou les interpelle depuis le trottoir … Ce qu’ils veulent voir, c’est tout simplement … La bête curieuse que je suis ! mais certainement du fait de sa sagesse liée à sa vieillesse, Yuk, il semble me protéger, et je sens bien qu’il n’a pas l’intention de se laisser envahir, alors, je reste bien sereinement dans son salon (en réalité, plus une pièce à vivre) à savourer … Le calme et le silence de la ville, qu’elle soit aérienne ou souterraine, quel que soit son étage, quel que soit l’étage de la vie … :
"Teşekkürler!!" (Yuk)
 (Merci !)

vendredi 23 septembre 2011

Jour J + 139 : Obruk => Acikuyu (40 kms - Total = 4612 kms)

Pensée Spirituelle
"Je rêve qu’un jour, toute vallée sera élevée, toute colline et toute montagne seront abaissées. Les endroits raboteux seront aplanis, et les chemins tortueux redressés. Et la gloire du Seigneur sera révélée et toute chair la verra."
(Martin LUTHER KING)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Puis, lorsqu'il y arriva, il fut interpellé : « Moïse ! Je suis ton Seigneur. Enlève tes sandales : car tu es dans la vallée sacrée Tuwa. Moi, Je t'ai choisi. Écoute donc ce qui va être révélé ..."
(Sourate 20 [Ta-Ha], Versets 11 – 13)


C’est une vallée extraordinaire, digne de Moïse. Je vous dois bien un petit cours d’histoire sainte (mais aussi d’eau ?), non ? … Voilà-t-il pas que le Ben (si vous prenez la peine de lire la péricope coranique, chers lecteurs adeptes de la pensée interreligieuse, et là, vous verrez que le Coran, il ne rejette pas notre Bible …), donc le Ben, il se prend pour Moïse ! C’est vrai que comme ce prophète reconnu par les musulmans, je frappe à chaque pas mon bâton sur le rocher (même si je ne sais pas encore en faire jaillir de l’eau. Tout comme je ne suis pas comme Jésus, lui-aussi prophète coranique, je ne sais pas – encore – marcher sur les eaux … serais-je moi-aussi prophète en mon pays ?). A propos d’eau, pas la peine de la chercher en creusant, aujourd’hui, car ça y est, les statistiques doivent être mises à jour, j’en ai qui tombe du ciel pendant un quart d’heure aujourd’hui, de ce petit crachin qui me fait penser que ma Normandie qui m’a donné le jour, je la reverrai sous peu, Inch’Allah. Voilà qui double la quantité collectée dans le pluviomètre fictif depuis mon grand départ ! oh, je ne suis pas Ben-pharaon : 
  • - ni sauvé des eaux (je n’ai pas, à ma connaissance, été recueilli dans un panier d’osier au pied d’un papyrus – mais au fait, j’aime tellement les papyrus que peut-être que je vais découvrir les secrets de ma naissance, hein Mamie Dette, lol ! –),
  • - on ne m’a pas encore présenté la fille de Pharaon,
  • - je n’ai pas été voir si la mer Rouge, je sais la traverser,
  • - et puis– pour l’instant, car ce sera probablement une prochaine pérégrination – la montée du Sinaï (une petite pensée pour sœur Marie-Pierre, tu comprendras pourquoi !), elle se limite à la montée de mon jardin … ,
  • - enfin, ni fermier ni juriste pour deux sous, je n’ai pas récolté les Tables de la Loi …
Bref, mon cher Moïse, si je puis me permettre de t’appeler ainsi, je ne suis pas toi, mais ta vallée, je l’ai retrouvée : celle d’Ihlara. Serais-je un aventurier de la vallée perdue ? Bon, me voilà donc à trois cent pieds sous la falaise du plateau, dans ce Canyon réputé entre tous, plus petit que celui du Colorado, mais bien plus fertile et vert dans le bas. Normal, une eau limpide y coule, ici ce sont des abricotiers et des pommiers qui y font foison, rien d’étonnant à ce que de nombreuses populations y aient trouvé refuge, tant la région a subi de multiples invasions (mais on y reviendra … demain) … En tout cas, c’est un vrai refuge de bonheur pour moi aussi, après ces quarante kilomètres dans le désert (tiens, le même nombre que d’années dans le désert de Moïse et de ses joyeux drilles, tour à tour heureux comme Ben et grincheux comme Amédée, Na ! mais au fait, il n’allait pas bien vite, le Moïse, avec ses Hébreux : un kilomètre par an ?).
Mais avant de plonger dans les eaux vives de cette rivière (si, si), j’ai traversé comme d’hab des petits villages sans grand caractère sur le bord de la route, assortis du traditionnel chaï et du traditionnel « where are you come from ? » – décidément, la Turquie est un grand pays mais y règne une certaine unité de l’approche de la rencontre !. Puis, arrivé dans cette vallée, par ces dix-sept kilomètres de petits chemins serpentant au gré de la rivière, j’ai pu comme tout un chacun (dont moi, quelle chance que le Créateur ait pensé à la mettre sur mon chemin) trouver la sérénité, celle de la vie qui s’écoule peu à peu tel le fleuve (sans aucun papyrus, préciserai-je). Mais de la vie humaine, il n’y en a pas trop, la vallée est protégée, et c’est tant mieux ! mais c’est aussi tant pis, car il commence à se faire tard, je n’ai pas avancé trop vite, arrêté à chaque détour de sentier par la contemplation du reflet des différents éléments naturels … Seul se présente presque au bout des gorges, un petit hôtel sans grand luxe, avec des chambres … de trois lits. Il faut vous dire qu’ « on » m’avait prévenu qu’il fallait mieux réserver, et c’est merci ! car pourquoi le chiffre « trois » a-t-il tout son intérêt dans cette histoire ? eh bien parce qu’il ne reste qu’une chambre non occupée à ce stade, la « mienne ». Je la prends, les autres sont déjà envahies par des touristes qui semblent piailler comme leurs ancêtres marchant vers leur terre Promise et qui comme eux devaient avoir faim dans le désert car il ne recevaient pas assez de leur manne quotidienne qu’ils avaient payé par avance auprès de leur agence de voyage préférée ! Et là, moi, une fois installé et buvant un coup de … soda (eh oui !) sur la terrasse face à la rivière qui allait accueillir mes pieds quelque peu endoloris (mais pas que les pieds), arrivent deux jeunes blondes, en vérité argentines … et assez désargentées il est vrai. Elles n’ont pas réservé, où vont-elles coucher, plus de place (comme Joseph et Marie – et presque-Jésus ! – à Bethléem (décidément ces prophète interreligieux, quand ils nous tiennent !) ?. Alors moi, en bon Samaritain, je propose à ces deux américaines, peut-être qui sait un peu samaritaines, de partager ma chambre, et ce sera en tout bien tout honneur, promis-juré-craché ! Bonne humeur et franches rigolades, la Turquie sera bien une fois de plus un lieu de passage et de rencontre, cette fois-ci entre l’Ancien-vieux (nominés : Ben et Amédée)-monde et le Nouveau-jeune (nominées : Anna et Barbara)-monde. Qu’on se le dise : tous les chemins mènent à Ihlara !

Jour J + 139 : Amédée


Je vais encore passer pour un râleur, mais quelle idée d’être venu ici ? Dans cette vallée, il fait humide, c’est nul, je vais encore attraper un rhube de poitrine (Ben, il me dit que mon cerveau, il est aussi atteint par ce rhube …) ! Et cette pluie, c’est pas le moment qu’elle vienne, j’ai pas envie de finir noyé par la crue de la rivière. Dites, Dieu, ou Yahvé, ou Jeovah, ou Adonaï, ou Tétragramme, ou Allah, ou …, quel que soit le Nom que vous portiez, vous pourriez pas attendre un mois et demie que je sois revenu dans la mère-patrie avant de cracher votre venin, je ne suis pas Noé, que sais-je, je n’ai pas d’arche … Il est vrai qu’ici, il y a plein d’animaux, peut-être attendent-ils le déluge pour que le niveau des eaux monte de plus de cent mètres et que grâce à un radeau, il puissent regagner le plateau et la pleine liberté ? Ils sont bien sympas ces animaux, tous ces canards qui barbotent, un peu bruyants et agités peut-être ? Moi je préfère ma blanche colombe à qui je conte fleurette (bon d’accord, c’est plutôt un gris-pigeon, le suis-je moi-même, le pigeon de service, dans toute cette aventure ?). En tout cas, on a fait tous les deux un gros effort, pour la photo du jour, on n’a pas bougé d’un poil ! et nous, on sait se taire ! C’est pas tout-à-fait pareil pour nos jeunes argentines, quel tonus et quelle tchatche. Si on dit que les voyages forment la jeunesse, là, je ne le contredirai pas ! Loin de là de vous en vouloir, Anna et barbara, au contraire, vous avez bien fait de venir de votre lointain Buenos-Aires ! merci Anna et Barbara !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Anna et Barbara  d'  Acikuyu

Elles étaient paumées, crevées, perdues, découragées … Et il a suffi d’un poil (le revoilà) de bon samaritain de ma part (ça m’a pas coûté cher, on s’est – presque – partagés le prix de la chambre, c’est pas très catho tout ça), elles ont trouvé un abri de la pluie (qui n’a pas repris, Amédée il devrait positiver un peu plus) pour la nuit. Et puis, elles ont bien aimé ma bière, lol). Anna elle travaille depuis un an chez Philips, Barbara elle vient de finir ses études d’affaires internationales, décidément, la Turquie est sans frontières ! Et puis, du haut de leurs 26 ans, elles ont à elles-deux mon âge, comme cela (une des blagues de la soirée, Amédée qui veut pas dire par coquetterie l’âge qu’il a, du coup il s’est auto-exclu, le grand jaloux), dans la chambre, ce sera comme un(e) centenaire, moitié féminin – moitié masculin (allez, faites un petit effort pour comprendre cette énigme mathématique) ! Autre avantage : l’espagnol n’avait pas été parlé beaucoup depuis Bois-Guillaume, je l’avais un peu perdu suite à mon apprentissage de l’italien (au début je mettais trop de mots en espagnol). Et bien, justice est rendue, grâce à Assimil-Anna-Barabara, je retrouve un peu de mes vieux acquis (mais revers de la médaille, cette fois en mettant … trop d’italien). Et ces demoiselles, elles font des progrès radicaux en français … Du coup, dans ce sympathique caquetage, Ali, le serveur turc s’y met aussi, et ça devient … une volière, voire un poulailler (et du coup, Amédée, il fait sa tête de lard, il trouve qu’on le prend dans nos blagues à deux lires turques un peu trop pour la tête de turc du groupe, il n’apprécie pas nos plaisanteries, alors il s’en va rejoindre son volatile-pétrifié préféré … :

"Bravo a ti, Ben, bravo a ti Amédée, usted forma un grupo no triste, los dos : ¡ nosotros también, nos observan fácilmente, pero entonces usted ! ¡ ! Si no debíamos irnos de nuevo dentro de una semana, le acompañaríamos muy hasta el fin (¡ no muy difícil, usted casi acabó !); gracias por la cámara partida, nos reímos bien juntos : piensa en nosotros en Jerusalén, Ben ; y sé feliz, béage " a Amédée : ¡ ola, viva la paz, ola, viva el encuentro entre la gente y sus religiones, ola! ¡ Ola! ¡ Ola! ¡ !!" (Anna et Barbara)
(Bravo à toi, Ben, bravo à toi Amédée, vous formez un groupe pas triste, tous les deux. Nous aussi, on nous remarque facilement, mais alors vous !!! Si nous ne devions pas repartir dans une semaine, nous vous accompagnerions bien jusqu’au bout (pas très difficile, vous avez presque fini !). Merci pour la chambre partagée, on a bien rigolé ensemble. Pense à nous à Jérusalem, Ben ; et sois heureux, « béage » Amédée : ola, vive la paix, ola, vive la rencontre entre les gens et leurs religions, ola ! ola ! ola !!!)

jeudi 22 septembre 2011

Jour J + 138 : Aksaray => Obruk (40 kms - Total = 4572 kms)

 Une suggestion de la part du pèlerin / pérégrin :
Retournez vite à la journée du 17 Septembre, vous savez, cette journée où j’ai rencontré Manu, pèlerin / pérégrin et accessoirement français comme moi … Manu, il ne m’avait pas donné son commentaire dans mon livre de bord tout de suite, il voulait me concocter quelque chose … eh bien, j’ai reçu ce que Manu a écrit pour moi, pour lui, pour nous, les pèlerins / pérégrins ; et c’est en ligne, après sa photo :
Allez-y vite le lire, ce qu’il a écrit est tout simplement … MERVEILLEUX !!


Pensée Spirituelle
"Les mirages sont en quelque sorte les mensonges du désert."
(Jean COCTEAU)

Péricope Coranique
"Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Dieu est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat. Son combustible vient d'un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l'huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Dieu guide vers Sa lumière qui Il veut. Dieu propose aux hommes des paraboles et Dieu est Omniscient […] Quant à ceux qui ont mécru, leurs actions sont comme un mirage dans une plaine du désert que l'assoiffé prend pour de l'eau. Puis quand il y arrive, il s'aperçoit que ce n'était rien."
(Sourate 24 [La lumière], Versets 35 ; 39ab)


Passer par le désert, faire l’expérience des mirages … Quitter peu à peu la Cappadoce (enfin, la zone qui est ainsi touristiquement nommée, car géologiquement elle est beaucoup plus étendue), c’est presque à regret … Regret des rencontres nouées, regret de la splendeur du paysage … Mais en même temps tout ce que j’y ai découvert était comme un mirage, ce que voit un touriste qui y vient quelques jours, pas ce que la population locale vit sous ce climat continental particulièrement rigoureux en hiver, le climat et la vie du désert. Et en même temps, et ce qui n’est pas un mirage (enfin je l’espère !), c’est le fait que je m’approche peu à peu du but , par-delà les montagnes, par-delà la Syrie. Il me faut bien avancer, il me faut bien poursuivre ma traversée du désert une fois de plus, il me faut bien discerner des mirages qui cachent la réalité. Ainsi, l’impression de l’ombre alors qu’il fait toujours aussi chaud, le calme alors que la route est passagère, la proximité de l’arrivée (car il commence quand-même un peu à fatiguer, le bonhomme) alors que les kilomètres sont incompressibles ! mais c’est peut-être cela, et c’est peut-être en cela qu’il est utile, le désert, car il permet de faire le vide, bien-sûr, mais aussi se détacher de ses illusions, des illusions pas forcément perdues, car on va entrevoir d’autres réalités bien plus riches que ces illusions … Et puis, les mirages, c’est presque amusant quand on en a conscience, il y en a réellement ici aussi par endroits, on a l’impression qu’il est vraiment réel, ce phénomène optique pseudo-aquatique, on a largement le temps de le voir se former, exister, puis disparaître peu à peu – c’est un peu comme … une vie humaine … Mais finalement, un mirage, ce n’est pas un mirage. Car même s’il n’y a pas beaucoup de patelins par ici, eh bien … il y a toujours un troquet, avec de l’eau !

Vous l’avez compris, c’est un peu une étape intermédiaire aujourd’hui, le ré-apprentisage de l’isolement, l’interrogation de ce qui va se passer sous peu, le fait de cheminer depuis tant de temps sans presque s’en rendre compte (encore un mirage, tiens !) … Il est vrai qu’ici les paysages sont magnifiques car j’essaye au maximum de prendre les vallées plutôt que les plateaux désertifiés. En un mot, je cherche quand même à l’éviter, ce désert … Vous avez déjà été plusieurs à vous demander comment le bonhomme il tient le coup, eh bien c’est assez simple, finalement … Il sait qu’après le désert, l’oasis va arriver ! et l’oasis, ce sera déjà ce soir chez Cemil, qui tient un hôtel et qui va m’y recevoir, car chez lui c’est trop petit … Et c’est bien sympa, cette oasis qui n’est pas un mirage, au milieu du désert !

Jour J + 138 : Amédée


Moi le désert, je le connais pas … Et je dirai même que c’est sympa par ici : je suis rentré dans mon antre (le sac à dos de Ben) ce matin, et à ce moment-là il y avait alors des cheminées de fées, des maisons et des escaliers sculptés … Et en cette fin d’après-midi alors qu’on arrive à bon port, on retrouve ces fameux escaliers et ces étagères sculptées. J’ai l’impression de ne pas avoir fait grand-chose aujourd’hui … Me serais-je reposé dans mon oasis-cocooning ? Ou bien alors, c’est le désert dans ma tête … En tout cas, c’est bien sympa cette chambre, bon d’accord elle est d’hôtel, pas trop comme dans un désert (quoi que l’hôtel soit complètement … désert), mais avec notre hôte, on passe une très bonne soirée : Merci Cemil !

Ils / Elles m'ont fait l'immense plaisir de m'accueillir le temps d'une nuitée :

 Cemil  d'  Obruk

Cemil, il est pas bien vieux, depuis huit ans il tient cet hôtel qui officiellement lui appartient, et il habite juste à côté … mais avec ses deux jeunes enfants (son garçon turbulent de trois ans, et sa fille qui à huit mois les tient en éveil toutes les nuits), avec son logement si petit (ce qui fait qu’il est en train d’en acheter un), sa femme un peu débordée et qui ne parle que le turc, eh bien, il m’offre généreusement une chambre d’hôtel, pas luxueuse mais sympa, comme dans une grotte … Et l’on passe la soirée à discuter de l’Islam et du positivisme des musulmans … Car Celim il « pratique assidument », et en même temps il est intéressé par mon projet et … par Kudus (mais savez-vous ce qu’est Kudus ? Oui, vous le savez, mais sans le savoir !) ; demain matin, nous ne nous verrons pas, Cemil il commence pas trop tôt (il doit la savourer, son oasis), alors cette rencontre sera aussi éphémère que chaleureuse, une vraie rencontre inopinée dans une oasis au milieu du désert que traverse vaille que vaille le pèlerin / pérégrin qui se rend d’oasis en oasis, celles de la rencontre, auprès du puits de l’amitié, lequel n’est vraiment pas … un mirage ! :

"Dear Benoît, I am very glad to meet and host you in my place. I hope to see you again somewhere else. Good luck on the way to Jerusalem (we call that town Kudus). When you arrive there, pray for me too. It’s one of my dreams to visit Kudus : inshallah ! and take care of yourself , best regards !" (Cemil)
(Cher Benoît, je suis très heureux de te rencontrer et de t’héberger chez moi. J’espère te revoir bientôt où que ce soit. Bonne chance sur ton chemin vers Jérusalem (nous appelons cette ville : Kudus). Quand tu y arriveras, prie pour moi aussi. C’est un de mes rêves de visiter Kudus : si Dieu le veut ! et prends soin de toi, toutes mes amitiés !)

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